vendredi 15 octobre 2021

Feux

 

















Feux


Risquer retirer se montrer se suffire

le feu qui montre sa terreur le sang

la contagion contact regard de biais


Rencontre sinuosités sur le champ

regard entrelacé du souffle coupé

voilà le chant qui revient la surdité


S'ouvre la porte de la foi une fois

trop petit est cet écart avec l'oubli

va et vient de la gangrène tant pis


La possédée choquée par une bête

qui la regarde et pour faire tomber

l'encre sur la culotte blanche du lit


Monstruosité que la vie qui meurt

à même le sol avant le feu sourd

de la possession de l'esprit plaisir


Sorte d'animal rébarbatif au saut

puis qu'il y a du sang sur la foret

à force d'essayer des cris partout


Enfin d'un récit le visage découvert

chassera les pensées de l'inaudible

création d'un vent dans les oreilles.



Thierry Texedre, le 15 octobre 2021.



Adrian Ghenie (1977-)

Forest Landscap with fire, 2018, huile sur toile, - 200,5 x 290,2 cm










 

lundi 27 septembre 2021

Le déluge étreint de la peinture

 








 























































Le déluge étreint de la peinture


Depuis cette commémoration

attentat sur l'humain répliqué

l’œuvre errante du peint naissant

l'étirement vers ce qui émerge

d'insolence d'exactitude à recommencer

l’ouvrage d'une mauvaise naissance

à quel âge le peintre peut du nom

analogue au dedans rencontrant

ce qui gribouille rature et ausculte

les bruits de la peur les mains

et les pieds déposés au plus près

du repentir de la surface mesurée

choses de la mémoire à rebours

le risque s'étale cherche son sens

jusqu'à la réception d'une peinture

plongée en tous sens le souffle retenu

pour mieux tirer ce trait tremblement

généralisé de l’œil qui ignore encore

qu'il en connaît déjà de trop

sur cette émergence du peint

au milieu de ce point où l'éternité

pousse le sacré vers cette spiritualité

et encore du sublime qu'un corps pousse

la figuration à chuter à chuchoter à sauter

sur les traces d'un nom soudain

petite musique naissante pour déplier

le temps d'en sortir du peint de l'étreinte.


*


Montrer cette belle peinture, celle de Sergio Padovani, celle qui fait avancer, plonger dans les entrailles de ces corps où aucune pourriture ni joie n'ont de prise, sauf peut-être d'avancer vers ce moins d'impossible, et moins d’irréflexion ; l’œil du peintre nous en dit long sur ce qui se pense, d'irréflexion grandissante aux prises avec les jeux lieux de la dépense. Les corps sont pris dans la dépense dès la naissance. La peinture de Padovani est une autre naissance. Où aucun Paradis ni Déluge n'a de prise sur nos consciences. Cette vision de la peinture, vous la présentez comme une entrée en communion. La chute de l'homme n'y suffit plus, on doit s'accorder maintenant à assaillir ces vieux démons. La crise de la Théologie partout, montre qu'à cet instant, est nécessaire l'emprunte de ces peintures du lieu et du non-lieu ; et faire figure de ce qui ne peut pas être montré de l'espace d'un pensant plongé dans une communauté discourant à tout-va sans cesser d'inonder le temps d'informations informatiques. Padovani a fait une trouée dans le ciel méconnaissable du réel, au plus près de cette humanité assoiffée du « bitume », l'or noir du monde qui a inventé la psychanalyse aussi pour mieux masquer l'alchimie de nos déraisons, de nos folies, « les fous vivent dans le sacré ».




Thierry Texedre, le 23 septembre 2021.


peintures de Sergio Padovani (1972-) artiste peintre italien vit et travaille à Modène








mardi 14 septembre 2021

Lumière et entre-temps en peinture

 




Lumière et entre-temps en peinture


Irruption dans l’entre-temps, coagulation d'une parole dépliée

Danse irréelle dans l'immobilité de la mort

Tout corps descendant pose la solution de sa sustentation

Derrière un ciel animé se pose l'alternative animale

Sonde éclat de lumière depuis l'intérieur postulat du désir

Chaque enterrement brûle la flamme de ce désir

Celui de l'incommensurable démesure de la jouissance

L'entre-temps s'étire contaminant toute parole hybride pour l'inventer

L'autre ment sur sa parole impulsion du même en une lecture déplacée

Tout sujet est un potentiel dément démenti par l'autre

Commémoration d'une lumière dont les couleurs ressortent irréelles

Ce qui se montre des couleurs sur l'arc visuel reste à charge pour le sujet

L'autre détient la vérité sur cette lumière dans sa décomposition

Pour imiter ce qu'un sujet voit de cette irréalité

Cette somme des couleurs ce blanc cette réserve n'a de sens qu'à écouter

Ce qu'un sujet soumet de sa réserve de cette charge par l'ensemencement

De ces particules qui sonnent sur la toile tendue de l'histoire

De l’œil ressuscité par son ouverture sa fermeture au bleu primale

Du bleu d'y voir ou non cette lumière atomisée en particules de lumière

L'entre-temps est un songe relique du temps dévisagé

Le visage qu'une peinture transfigure en figure pour y voir l'espace

L'espace montre celui qu'un esprit peut montrer tel qu'une peinture rejette

Cette finitude de la figure sort de ce format peint du temps plein

Le temps plein revisite sans cesse le réel contre une forme finie

Une forme finie du vrai invitant au langage pour comprendre l'infini

L'infini est ce sens qui sort du vrai pour montrer l'impossible temporalité

D'une peinture qui laisse partir l’œil qui ignore son attirance pour le réel.



Thierry Texedre, le 14 septembre 2021.


Giorgione (1477-1510)

Les trois philosophes (1508-1509)

huile sur toile 125,5 x 146,2 cm







jeudi 2 septembre 2021

De la réception au délice

 

























Andréa Belag est une artiste peintre américaine née en 1951 qui vit et travaille à New York. Sa peinture resplendit par ses enchâssements picturaux qui s’effacent, pour laisser des formes colorées se montrer au bord d'un blanc hors du temps.

L'abstraction s'étend et s'étire sur de grands formats, selon que l'artiste utilise le lin ou le bois comme support à la superposition d'aplats de couleurs translucides dans un premier temps, puis opère par ces recouvrements sensuels d’immenses échanges formels jusqu'à une reconnaissance parfois floue et pleine d'indifférence formelle, ou insistant sur des formes usuelles pour tirer la peinture hors d'une intention visuelle fermée. On entre dans ces peintures par une communion intérieure qui sans cesse interroge l'esprit sur sa dispersion entre le visuel et l'inquiétante étrangeté du mouvement d'empressement pour sortir de ces formes gestuelles, par les couleurs d'un « regard intérieur ». De ce que peut scinder l'esprit contre la dispersion visuel, et par là, se risquant à reconnaître un sens dans des formes instables, dans un flou visuel permanent. Il y va d'un équilibre dont la permanence équivaut au risque que l'esprit permet d'étreindre la couleur et la forme en délivrant un temps, sur la toile, cette érotisation qui pousse l’œil dans ses retranchements les plus insatisfaits.

Comme pour balayer d'un revers de la main le souffle divin.[Dieu ne serait-il jamais mort, faut-il montrer Dieu comme la langue nous le donne à voir ? Princeps religieux de l'Unique révélé en trois personnes transcendé dans le fils par l'Esprit Saint. Saut dans la langue, parole de l'incomplétude résolution du déroulement de l'inconnaissable ; l'Histoire serait plus helléniste que monothéiste. Dieu est un lieu, le lien par une parole du voir l'Être de l’existence, la mort serait alors à jamais vidée de sa substance, vouée à l'écart de l'être, intérieure à la peinture.]

Le peint ose se fondre dans les foudres d'un abîme démoniaque. La peinture se rebelle, s'extasie, se tord, annonçant haut et fort ce qui va devenir sa terreur, notre terreur d'exister.

L'immense champ visuel et formel s'écartant, insistant sur l'instant insaisissable d'un néant représenté par le blanc de la toile, s'étale, s'installe, entre forme et couleur, « caressé par un subterfuge, celui d'Eros ». Si l'enfer ici, n'est plus à la hauteur d'une peinture, c'est pour ouvrir à la peur de rester dans l'enfer et d'en sortir, dans la violence du choc des couleurs avec l'esprit de la forme, celle-là même que les hommes ont fait qu'aucun champ n'a plus le plaisir comme libre « dépliement ». L'être-là se dissout dans un discours pour montrer la terreur d'un retournement visuel, à y voir quelque chose qui n'a pas de lieu ni d'être. État du peint damné, d'une démesure du négatif, d'une compromission par un floutage des couleurs. L'artiste s'en sort. Acrobate résolu au dialogue et à la perméabilité avec un public en état de dissolution. On entre dans cette peinture en opposition à toute abstraction, mais on en ressort en biffant, rayant ce qui se figure, ce qui meut en nous toute forme, toute perspective d'en voir l'au-delà, une sorte d'attraction visuelle de la résistance rétinienne. L'artiste pose les bases d'un combat. Le hasard des rencontres dans le vide blanc (le fond est un reliquat, une mémoire perdue de l'infini, montré sur la toile par le peintre pour éclater l'espace en zones où figure et fond entrent en collision, espace théâtral qui supprime les figure donc le fini.) fait remonter cette somme des couleurs, jusqu'au risque d'un signe, celui d'une étreinte, d'un enfer de la jouissance. Faut-il encore qu'un peintre montre l'importante nécessité de peindre pour effacer « l'oubli » que l’œil imprime sur la toile ? La peinture ne tombe pas du ciel. Elle donne à voir ce que l'histoire déforme, à ce qui nous lie au vivant, ou plus exactement ce qui nous délie de nos actes manqués, mais encore ce qui nous encre dans de nouveaux espaces informels ? Nourritures que nos esprits déchirent lentement jusqu'à l'outrageant raisonnement du visuel. Origine quelque part, pas si éloigné d'un Sam Francis qui privilégia l'action painting jusqu'à un point de perversité dont on aura mesuré la limite ici, dépassée par une mise en mémoire tampon du mouvement gestuel du peintre dans l'infini.

Ce qui nous appartient là, chez Andréa Belag, c'est ce qui nous apparaît, dans un moment interminable, c'est de laisser vibrer notre émoi devant le combat qui s'amorce, titanesque : la couleur et la forme ne sont que des morceaux d'infini. Le chaos de ces limbes s'éloigne à mesure qu'un corps de la dépense force la vision jusqu'à cette temporalité de l'esprit vouée à toute réception.




Thierry Texedre, le 2 septembre 2021.




samedi 7 août 2021

L'argile du temps



           L’argile du temps 

 

Violation du temps 

L'art délectable de la destruction 

Sort de ce sordide état de dépendance 

Le temps est maculé de ses cendres en vol 

L'Est s’est éteint et voilà que fume cette fugue 

Infranchissable raisonnement de la voix 

Qui pleure ce trop cet ensorcellement 

Ce divin regret d’emmener les songes 

Aux lieux de l’immortel 

Aux rencontres avec les Dieux absents 

Corps inventés pour illuminer ces Dieux 

Tout passe par ces interdits si touchants 

Que la chair s’ouvre au tremblement 

De ce qui l’interdit jouir sur rien 

Le Vide d’un jeu avec le Rien 

Quelle vérité peut encore apparaître 

Sur les impostures du corps consenti 

Les propriétés invisibles de la raison 

Quelle fragilité vient incidemment vider 

Tout raisonnement quand l’outrance règne 

Depuis l’enfer de l’infernale explosion des sens 

Au milieu du règne animal 

La tempête règle en maître  

Sur nos sens expulsés 

La loi rebelle d’une révolte 

Trop de liens organiques  

Expulsent la vie de nos êtres 

Le temps programme sans fin 

Ce qui va advenir de l’argile du temps 

Jusqu'au jour d’un feu inconnu 

Où un soleil noir dévisagé  

Épuisera l’astre mort de nos rêves 

La puissance qui nous veut invincibles 

Laissera la naissance se passer 

Comme si de rien l’enfantement 

Montrait le chemin de l’ensorcelé 

Le chaos répété dans le vide sidéral

Poussé par l'insidieuse existence

Un corps s'entend par la peur

Lentement couché dans les apparats

De la désobéissance infinie

Pour trouver ce corps disparu  

Un corps de l'envoûtement

Une impulsion du rêve dénié

Partout des lueurs entremêlent

Un jour naissant l'envers défié

De la défaite de ces ordonnances

          Rassérénées dans la crasse immonde 

          Public asservi danse que ta joie demeure.  

 

 

Thierry Texedre, le 7 août 2021. 

 

 

 

 

 


 

dimanche 1 août 2021

De part la grammaire du temps peint













 











































 De par la grammaire du temps peint

 

Sur les cendres du désir, je croise le vent, l’indice d’une ultime réminiscence de la vie. Le sang versé va vers ce long fleuve de l’irrationnel, irradiant la pénombre qui tombe sur les cadavres exquis de la dramaturgie animale ; l’organique, l’orgasme du corps qui se délite à mesure qu’il prend la parole chant, cris, murmure, sorte d’exhortation glottique qui se risque depuis la contraction des sphincters devant la peur d’exister conscience ou état de création pure depuis cette pesanteur à se soulever de l’originel. Si le temps n’existe pas, c’est que penser est à rebours de ce qui va vivre, occurrence d’un vis-à- vis avec l’irréalité de cette détention qui développe la vie et la mort. Frôler l’extrême. L’enfermement n’est plus la tentative d’élocution qui exporte le verbe vers une gorge, rencontre avec ce “de profundis” ; l’entrée dans un sexe, une profondeur qui avale son texte, sa jouissance en copulant sur le verbe jusqu’à sa naissance ailleurs. Vie qui souffre d’un vertige qui s’entend et s’étend partout sur un corps érotique. Petite musique du retournement du plaisir en désir de l’impropre, de la fuite verbale en tremblements orgasmiques. Un temps tombe, sur les erreurs d’une plaie béante encore liée à cette effusion, une fuite ; l’origine du temps est la fuite. Le corps est possédé, puisqu’il tombe sur un temps de la fuite ; Cette possession résiste à la fuite en traversant le temps. Si un corps peut traverser le temps parce qu’il fuit, c’est parce qu’il peut “penser cette fuite en jetant les bases qui pèsent sur ce corps, en pensant sa venue au temps. L’esprit lie sa reconnaissance au temps par des signes distincts, exploration sans fin du corps qui intente au temps une dérive que la pensée peut à se distancier du temps. J’entre en apothéose avec le temps quand il peut disparaître, l’instant d’une pensée qui visite ce que le sens a à imposer sa mise en tension avec le temps. Le vent souffle dans les gorges, arythmie d’une feinte du cœur qui fend le temps pour diviser un corps. Le corps divisé passera tout son temps à reconnaître cette chair qui le traduit et travaille sa consistance, sans jamais toucher le temps comme un double, d’un double qui n’est pas pensé, parce que le corps “voit” à imaginer le temps dans sa division. Pour en venir à ce que la peinture traduit comme art visuel. La peinture outrepasse ce que le corps produit d’exposition au temps. En se dédoublant dans l’art pictural, le corps peut penser cette indéfinissable réfraction de l’œil sur la toile, en imposant au temps une mise en acte d’une pensée, via un lien social pour ainsi remonter aux origines de la représentation. La peinture n’est-elle pas la déraison d’un socle social ? La perspective inventée ne puise-t-elle pas dans l’antre d’une ressemblance avec un corps nu, dépouillé de toute extension verbale, à trop épuiser l’entendement d’une architectonique religieuse illuminant la problématique temporelle en limitant ce qui revient à l’animalité comme quelque chose qui a à voir avec ce songe intemporel (rêve éveillé ou étirement du rêve nocturne vers sa mise en parole) qui ouvre à un autre lieu, le discours, celui-là déjà d’une itinérance de l’inconscient au XXe siècle. L'épuisement du sens passe par une retombée de l'espace infini proche de celui du rêve, ainsi l'austérité obligeant en peinture ; Nancy Graves (1939-1995), dans une abstraction qui se libère de toute approche rituelle, lie dans ses peintures des éléments relevés au réel et à des sources plus scientifiques, telles que des cartes, des diagrammes, l'art rupestre et documentaires liés à l'espace et aux profondeurs des océans. Elle réinterprète aussi d'anciennes œuvres qu'elles transmutent jusqu'à une abstraction polychrome hybride et chaotique, où une vision réaliste devient impropre à l'interprétation. Nancy Graves par ses innovations transgressera la peinture abstraite en mobilisant les sources contemporaines pour poser la question d'une diversion de la peinture quand à son attractivité réelle face au risque itinérant inhérent au pictural, d'entamer la division de toute subjectivité devant l'impossible résolution de tout « sens » du vivant à résister à l’œil.

 

 

Thierry Texedre, le 30 juillet 2021. 



 peintures de Nancy Graves (1939-1995) artiste peintre, sculptrice, réalisatrice américaine
















 

mercredi 7 juillet 2021

Croisements

 






















Qu'en est-il d'une surabondance de peau, de corps intervertis et interminables, pliés dépecés et troués, corporéité du dedans sans cesse repris en croisements, en délires d'une délivrance sans fin ? Sortilège d'une contemporaine incantation verbale qui s'enfourne se contente d'une douce peinture acerbe et musculaire. Tête qui mange un pieds pour se jouer de l'intemporalité du monde mental de l'humain dans un perpétuel mensonge du corps qui parle la langue d'une possession.



Croisements


Béatitude de la délivrance

songe du dépassement

trou vertigineux sortilège

du doute désaffection

le temps passe en prose

seulement pour parler

une indéchiffrable lueur.


Site en station trouée

corps désabusé du réel

la frappe le clou l'envers

voilà la plainte qui sort

se risquant à d'autres

réalités qui enfournent

la verticalité du mensonge.


L'interdit touche à sa fin

une musique tremble

en ouverture en immersion

des blocs se soumettent

sans parodie un choc

tonne pour casser les ondes

on trace on court on va vite.


Une dispersion un soubresaut

un sang coule en hommage

épuisant le souffle opaque

dressé depuis ce jeu joué

d'un fragment de biosphère

pour avoir tenté d'effacer

finir par séparer le temps.


Sonde irisée du corps

qui touche tombé en lisière

la plaie béante d'un ciel

verbal incandescent

la cour reste vide lueur

infernale de l'esprit lâche

et entrain de se délivrer.


Couver le sol est couvert

de ces sanguinolentes

aspersions sillonnant

l'usure spirituelle l'attention

portée à la déportation

finir par trouer le corps

maudit à trop le renverser.


Vers cet enfer qui ment

raccourci du temps

sur l'invention du corps

écartelé en éclatements

successifs fraude

de la terre qui expulse

pour avoir connu l'homme.


Thierry Texedre, le 2 juillet 2021.

sur Fragments pour un portrait de Philippe Manoury









lundi 21 juin 2021

















Où se cache l'être ?


Gisant devant l'amalgame

l'astre qui tourne

retourne le tourment

jusqu'à l'épuisement

de la matière le souffle

révulsé du temps

dépassé défait déformé

l’œil en traitement

plonge sa rive

sa perspective

dans des évasions

où se reformulent

les encombrements

d'une matière tubercule

plongée en hyperbole

des formes vite rêvées

pour se rétracter chasse

de la vie qui sort

fulmine depuis la fin

en un gaz incantatoire

où se cache l'être

expiration du temps

dépourvu et oublié

quelques pets

s'organisent en bulles

éclatantes l'instant

du regard fuyant

on passe d'un enfer

à une pluie la couche

surannée d'un toxique

état d'infestation

en jus les couleurs

tremblent ramassées

puis sortent du champs

pour s'exhaler ailleurs

autre peinture

autre dispersion

le désir de marcher

devant puis de côté

pour chercher la voir

cette figure rétinienne

qui vous gicle aux yeux

tel un sperme béât

qui rencontre devant

cette impression

ce sursaut qui jouit

déjà de posséder

avant tout le monde

l'être ce sacré

vite vidé de sa lueur

dans d'autres histoires

l'incommensurable

histoire de la peinture

violant l'art

de l'image

à cause de cette fin

qui nous fait entrer

en possession

la foutaise de posséder

le corps primordial

cette giclée ramassée

qui balaye tout pouvoir

de mise en forme

puisque le pouvoir

est l'informe même

de toute existence

animale le pouvoir

explose toute vie

jusqu'à ce magma

qui ultime résiste

pour jeter le discrédit

sur la jouissance

qui pleure puisque

la mort enfin

montre les couleurs

la beauté visible

de l'irreprésentable

le biomorphique

de l'incandescence

l'ecstasy de l'oral

le lit de l'oubli.



Thierry Texedre, le 21 juin 2021.

peintures de Dale Frank (1959-)






 

vendredi 18 juin 2021

Un parc extraordinaire

 

















Un parc extraordinaire



D'une peinture qui ne serait ni abstraite ni figurative, voilà bien une vulnérabilité mentale dont on sait maintenant que figure et médium sont ce qui fait la densité picturale pour un monde recréé, un monde où matière et imaginaire sont les tenants et les aboutissants d'une peinture sans fin ni début. Au début était le verbe, d'une vulnérabilité de la parole face au paysage qu'il soit imaginaire ou tangible, vraisemblable ou réel. Ici, on entre en concession. Une lutte a lieu. Un pouvoir s’esclaffe. Et pourtant, point de parole à ce sujet. La peinture parle d'elle-même, on s'en doute, notre discours n'a de cesse d'interroger ces mondes sans fin compromis avec l'irréel. De grandes lumières s'adonnent avec majesté au risque des profondeurs, au danger de l'inconnaissable vertigineux. La peinture s'écoute aussi dans l'organique effusion de l’œil éclatant, de l’œil effaré devant l'huile qui brille. Ce qui s'invente chez Élisabeth Sandillon, c'est une lutte contre les démons insupportés de l'existence qui montre ces monstruosités comme des merveilles à la lisière du concret, là où notre imaginaire reconnaît ce quelque chose d'extérieur, en songe, loin du sommeil sombre de la vie commune. Nous en sortons émus de nous reconnaître, dans cette introspection soudaine, la visite d'un parc extraordinaire.





Thierry Texedre, le 17 juin 2021.


peintures de Élisabeth Sandillon (1962-)

artiste peintre française

vit et travaille à Cercy-la-Tour







jeudi 10 juin 2021

Sur cet affleurement du temps

 









 


Sur cet affleurement du temps


Point de la lecture qui frôle l'aphasie, l'âme en ressortirait commotionnée, l'esprit retors se montre hostile à l'empressement, au risque de ne plus avoir à penser. Le temps se presse comme pour s'emmêler, se déliter, au fur et à mesure l'esprit sombre dans une représentation. Y a-t-il quelque chose qui danse dans un corps qui transparaît à une vélocité, à l'esprit ; entièreté d'une implication de ce qui pense dans sa mise en tension, sa liturgie, son non-sens à penser parce qu'un corps ne pense qu'à violer sa matière, la chaire. Sur un point nodale, une nomination, une reproductibilité de l'esprit en matière pensante, un corps commence son délitement ; passage vers une parole, un acte sémantique qui se divise, se distingue, s'amenuise à mesure que le sens prend l'espace comme l'irruption d'un corps absent. Que reste-t-il à ce corps pour devenir un sujet divisé, un sujet de la parole ? Autrement dit la chose qui la sorte de sa finitude à penser par la parole, par un acte délibéré de montrer ce qu'un sens a à être véridique pour la pensée ? Il parle pour espacer la fin, la mort, la finitude et sa reconnaissance infinie dans le présent, mémoire qui pose une réelle opposition avec la vie dans une temporalité générale de tout corps. Il parle et offre au monde quelques sorties de cette mise à mort d'un jeu entre mémoire et manque. Il y a une sortie dans un affleurement, une caresse contre le temps, une dépense contre cet acquis, ce sas mnésique, le chantage d'une mémoire à rebours, le risque d'oublier à trop retenir un cours (souffle court) la ligne brisée d'une mémoire sans fond. Cet affleurement est lié au temps, puisqu'il parle au temps, à ce qui vit, à ce corps qui caresse le temps dans une réversibilité de l'acte de penser, la chair luit de cette apparition, elle érotise pour la première fois, elle exerce un pouvoir de dépression, décharge organique qui rivalise avec la pensée qui parle ; le corps pose les fondements d'une dualité et osmose dans la contradiction même qui fait danser ce corps viral, un corps possédé.



Thierry Texedre, le 9 juin 2021.


peintures de Noura Djuric




dimanche 6 juin 2021

Le rien du désir














Le rien du désir


Sous les draps du désir

s'offre le regard caché

dans les abîmes invités

de la caresse indécente

suave et languissant

le corps retenu s'allonge

se replie se resserre se dresse

tenté par les mouvements

des mains dans l'entrejambe

douce indécence de la nuit

loin des esprits encombrés

une main dans le dos

comme pour partager

les zones érotiques

l'érection joue avec

quelques sons sortent

explosés et empruntés

au vide tout autour

un jeu incessant

semble se soustraire

au temps dépossédé

de cette nudité rencontre

de ce qui rêve l'intérieur

de cette chair renversante

jusqu'à l'orgasme imminent

en toute suffisance

en sortant goutté

par les odeurs du corps

évadé fuyant et lumineux

à l'arrière le lit

lentement tel un rideau

s’étale sur cette absence

au regard futur

vide et en plis

du ressenti des draps.


Thierry Texedre, le 6 juin 2021.



peinture Les Demoiselles d'Avignon (1907) de Pablo Picasso (1881-1973)





 

 

 

samedi 5 juin 2021

Du regard

























Du regard


C'est une insistance

le regard imprègne

le spectateur est dans

l'impossible confort

l'heure allonge son rituel

dans l'indifférence générale

c'est une orchestration

de nouveaux rituels

actions du drame

celui du sens

sacrements du réel

le réel plonge dans une danse

une exploration chamanique

l’œil surplombe tout enregistrement

l'enseignement trace son envers

dans un excès le peint baroque

c'est un chaos organique

un plan une relique un accident

voué à l'exacte destruction

la performance d'un désir

sans fin du même sans lieu.



Thierry Texedre, le 5 juin 2021.


compositions de Joris Van de Moortel (1983-)



 




 

jeudi 3 juin 2021

Le déluge, on ne sait pas

 


















Le déluge, on ne sait pas 

 

À l’aube ce soleil sorti du rouge

Rencontre l'oeil né du bleu fuyant 

Cette irruption chaude un temps 

Poursuite vers ce leurre la lumière 

Une plongée dans le feu et l’eau 

Peut-elle montrer le froid humain 

À mesure l’été sombre meurtrier 

Monstre immaculé l’envie dressée 

D'une mémoire qui saute l’ivresse 

Par la peur terre du pouvoir de l’air 

Tentation passée par tous les astres 

Les plages du désir s’offrent au lit 

De la mer océane qui quitte la rive 

Rivage austral du vent caressant 

Les peaux hybrides ventres démons 

Face aux pleurs de la pluie démontée 

Le soleil jaune touche la vue véridique 

Jusqu'où cet aveuglement éruptif  

Prend l’homme hauteur en marche 

De la plaie de la chair visitée à vif 

L'entièreté du dedans luit et s’étend 

Jusqu'au déluge au seuil de la mort 

On ne sait pas quand la mort sort 

Féroce animal au commencement 

Au début du temps qui lentement 

Plonge l’être dans la création divine 

L'être de la respiration controversée 

Annonce ce savoir sorti de nulle part 

En blocs humains coupés du monde. 

 

Thierry Texedre, le 2 juin 2021.  

 

 

 

 

peinture de Louis Cane

Le déluge I, A Paolo Uccello, 1982

huile sur toile 318 x 440 cm







lundi 31 mai 2021

Devenir-paysage

 












Devenir-paysage 

 

Son désir la résistance 

Dérive de cette géographie 

Langueur des paysages 

Glissement léger 

En surface de ces méconnaissances 

Assis devant un terrain trop droit 

Les yeux rivés en vie visitant 

L'air qui se creuse se plisse en pluie 

Me tire de ce sommeil en image 

Qui chemine en moi désireux 

Délivrant par cette réalité 

Les caresses de l’inconnaissable 

Marcher pour emplir ce moi 

D'un creux d’une béance 

C'est la cathédrale du monde 

Qui fuit l’image son devenir 

Jusqu'où une trace disparaît 

Jusqu'où je crache ce réel 

En cris glissant le long de mes pensées 

Au sol le paysage est démonté 

Entre mes mains le dessin me souvient. 

 

Thierry Texedre, le 31 mai 2021. 

peintures de Marjorie Méa (1975-)