mercredi 5 juillet 2023

On est entré en guerre contre une peinture qui ne vient pas









































                                    On est entré en guerre contre une peinture qui ne vient pas


Conservatoire de la brillante voix

l’ultime insidieuse et tonitruante

exaction de la parole qui entre seule

par les pores de la paroi atrophiée

partout où ces bruits courent et couvrent

l’indécence du corps dénoué en lueur

de celle qui s’ouvre au ventre de la vie

d’un vivant orifice entrain de se taire

à cause de la voix qui enfreint enferme

ce corps qu’un pleur désordonné tait

quelle guerre s’invite au repas du vrai

à trop découper en plaies le corps nu

et recouvert de ces paroles en trop

c’est l’antichambre de la douleur

de ces os recouverts de chants indécents

suivant une bataille hermaphrodite

de l’être séparé de l’âme envoûtée

à cause de la voix qui s’est séparée

pour s’identifier au train train verbale

le temps pressé par le verbe s’enfle

se contracte s’éternise à l’infini

pour que respire cette croyance

c’est le protocole d’une mémoire

le temps pressé voilà donc la dépression

la cause incessante du risque préparatoire

d’une peinture dessin en taches électriques

contusions d’un dire divinatoire de l’autre

qui touche à la perspective avant l’heure

en vrac un sac en porte à faux trop lourd

à porter s’ouvre pour laisser voir le monde

sombre qui reste dans l’oubli figé fiché

au fond sans qu’on sache ce qui s’y trame

c’est qu’on cause de ce qui s’y trouve

sans savoir de cet objet quelque autre chose

la chose n’est pas l’objet mais sa possession

la peinture est cette chose qui veut en finir

avec la guerre contre une peinture

qui ne vient pas à trop causer du monde

le monde d’une déchirure de la chair

poussée à jouir de l’objet d’une possession

de la mémoire naissante du lieu de la peinture

dure réalité de la guerre ignominieuse

du désir caressant de la paix qui tourne

ce réel en dérision pour démonter

ce lien cette voix cachée du temps

qui met en scène la vie d’une peinture

celle-ci se retourne immanquablement

en vertiges ourlets qu volent la peau

la torturent jusqu’au vieillissement

jusqu’au silence mortel d’une voie

saisissante qui se couche altérée

la chair creuse ces sillons immuables

d’une guerre qui infeste la peinture

si la peinture ne vient pas c’est qu’elle voit

venir sa raison d’être qui ment son destin

et l’animal en touche revient faire parler

de cette peinture en ostentation

en suspension du rêve qui vient lui

en une constante détention verbale

au plus près de cette divination passée

animal qui pose le problème d’un lieu

celui qu’une peinture ne cesse

d’ensemencer d’une descente aux enfers

la parole s’y plaît à coudre la peinture.





Thierry Texedre, le 3 juin 2023.



Tessa Mars (1985-)

artiste plastitienne Haïtienne

vit et travaille à Port-au-Prince