
Rapport non consenti
Sue Williams est une artiste peintre qui touche l'intime, le signifie depuis ce qui tente une invasion dans l'espace de l'intime. Elle provoque la question du mal-être et celle des genres. Celui qui veut dominer, tyranniser un corps féminin, ou l'interdire, jusque dans la douleur de la chair de celle ou celui qui subit.
[Tu me queutes comme une
fauve lèche son con lueur d'en dessous le cul rentré pour serrer la
vulve ouverte douleur lente exploration de la langue sur le haut et
le bas et les seins et la bouche ouverte la langue fourrant la gorge
pénétration violence un viol le gode s'y plaît dans un va-et-vient
éruptif puissant et glissant l'ivresse s'évanouit éteint le
plaisir les rapport sortie du jeu fuite en avant l'esprit absent les
sens sortilège du corps sont retournés des coups répétés pour la
défonce l'introduction non désirée des cris couverts par des mains
claquent les fesses sont tenues jusqu'au rouge le cou est serré
jusqu'à perdre connaissance la gorge juteuse le sexe humide sans
jouir à perdre pieds domine comme un corps étranger c'est une perte
d'extase plus vite l'entrée s'évade l'intérieur se contracte
s'expatrie se masque du temps inanimé la vie sort par la folie tel
un pantin désarticulé tout le corps est absent c'est la lente
descente aux enfers d'une fin sans cesse la tête repoussée au
travers de pensées saccagées et irréalisées une monstrueuse
saleté un déchet puant la décomposition sans nom.]
Sue Williams intègre dans
sa peinture quelque chose comme ce qui borne la vie domestique en
permanence, quelque chose qui éprouve la vie partout où la violence
s'empare du corps féminin. Elle y montre la violence intime, des
abus sexuels envers les femmes. Mais cette forme reste dessinée et
suggérée tragique et comique en même temps pour dédramatiser
l'intime. Sue Williams offre un autre regard au spectateur, un regard
de voyeur aussi, le spectateur usant de sa perception pour regarder
au plus près ce qui intrigue une violence, un regard par le petit
trou de l'exercice d'une peinture qui nous donne une infinité
d'objets reconnaissables à seulement les rassembler par leur
découpage, leur assemblage tel un puzzle. Certaines toiles montrent
des formes telles des pattes d'oiseaux, de poulets comme pour faire
un ultime pied de nez à la chair, la chair qui rit de sa
performance. Les toiles les plus récentes, abstraites, montrent une
peinture colorée où s'entremêlent des formes d'où l'organique
s'est évanoui. Les maux sortent, les douleurs se seraient-elles
pliées aux rites endiablés d'une exaltation sans fin du corps
absent parce que caché ?
Thierry Texedre, le 20
juin 2020.
Sue Williams (1954-)