Patrick Paufert un expressionnisme sans sujet
Patrick Paufert est un peintre français né en 1956 à Langres, Haute-Marne, France.
Paufert se situe dans un croisement expressionniste entre figuration et abstraction, mais sans jamais s’installer durablement dans l’un ou l’autre. La figure (humaine, animale, végétale) est présente comme réminiscence, puis volontairement dissoute. Ce n’est pas une abstraction déconstruite ni une figuration narrative : la peinture agit comme un processus d’effacement et de cristallisation. Le réel s’invite toujours dans la peinture, mais dans celle de Paufert, il y a comme une intransigeance, un revers « Paufert », l’enfer s’y promène. Si le sexualité est bien d’actualité ici, c’est sans nulle doute pour attiser les regards, les convoiter sans jamais caresser le temps humain, animal ou végétal.
L’exclusion de la référence
Quand Paufert dit qu’il « exclut toute référence », il ne s’agit pas d’un refus du monde, mais d’un refus de la reconnaissance immédiate. La référence — ce moment où l’on dit « ah, je vois ce que c’est » — est perçue comme un écran. Tant que l’image renvoie à quelque chose d’identifiable, le regard reste paresseux, culturel, rassuré. Chez Paufert, la disparition de la référence est précisément ce qui active le regard.
Le regard comme événement
Son idée centrale est presque phénoménologique : le regard
doit apparaître au moment où la figure disparaît. Autrement
dit, voir ne consiste plus à reconnaître, mais à éprouver.
Le regard n’est pas un outil de décodage, c’est un événement
qui surgit dans l’indétermination.
La peinture devient alors
un champ de tensions
: masses, gestes, couleurs, rythmes, épaisseurs. Ce sont eux qui
“regardent” presque le spectateur en retour. On pourrait parler
d’une peinture post-figurative,
où la figure a laissé une trace énergétique plutôt qu’une
forme.
La couleur pose le sujet
Dans certaines œuvres, apparaissent des avancées, comme si la couleur cherchait à exercer une pression sur la forme, à en provoquer le retour sans jamais la fixer. La couleur se densifie, devient matière active, presque un alphabet. À sa surface se déploie une musicalité, un rythme qui guide le regard dans un déplacement proche du chant. Ce mouvement redessine alors la peinture autrement, non par la reconnaissance d’une image, mais par l’expérience même du regard. La couleur, chez Patrick Paufert, ne vient pas recouvrir la forme ni la signifier : elle la précède et la déborde. En se densifiant, elle cesse d’être un attribut pour devenir une instance. Presque un alphabet, elle opère comme une langue sans mots, où le sujet ne se reconnaît pas mais se constitue. Ce déplacement engage le sujet dans une expérience où voir n’est plus saisir, mais consentir à une perte. La couleur agit alors comme un champ pulsionnel, rythmique, qui appelle le regard tout en lui refusant toute maîtrise. C’est dans cette tension que le sujet se pose : non comme identité, mais comme effet. Effet du rythme, de la densité, de la répétition et de la variation chromatique. La peinture ne donne rien à reconnaître ; elle ouvre un espace où le sujet advient dans l’acte même de regarder, au point précis où la figure a disparu. Patrick Paufert tient toujours la « ligne » quand on déplace avec lui les propos sur le tiraillement qui en impose de peindre un sujet toujours déjà clôt.
Thierry Texedre/IA, le 30 janvier 2025.



