Chloé
Kelly Miller,
jeune artiste peintre et sculptrice française contemporaine –
femme, née en 1995 – dont le travail puise à la fois dans la
psychologie, la psychanalyse et les langues plastiques les plus
vibrantes du XXIᵉ siècle.
I. Qui
est Chloé Kelly Miller ? Une artiste en quête d’inconscient
Chloé Kelly Miller est une
artiste
contemporaine française,
née à Rouen en 1995 et basée à Paris. Elle commence sa pratique
en parallèle de ses études en psychologie
clinique, orientée
vers la psychanalyse, et obtient son diplôme en 2019, poursuivant
même des études de recherche jusqu’en 2020. Son parcours
est exemplaire de cette génération d’artistes qui défont les
frontières entre la pensée et le geste, entre l’intellect et
l’instinct. Contrairement à une pratique purement formelle, son
art est une pratique
réflexive qui s’appuie explicitement sur une formation
psychologique pour
repenser non seulement « ce qui est vu », mais « ce qui est vécu
». Chloé est une femme
artiste, et cette
dimension de genre s’entrelace subtilement dans sa réflexion sur
l’identité, le
corps et l’altérité
– des thèmes qu’elle explore avec une sensibilité aiguë,
consciente des normes culturelles qui modèlent la perception de soi
et de l’autre.
II.
Une liberté spatiale et narrative : entre peinture et écriture
Contrairement à une peinture
strictement formelle, l’œuvre de Chloé Kelly Miller s’apparente
parfois à une écriture
visuelle. Chaque
toile fonctionne tel un espace narratif qu’on lit, se déploie ou
se parcourt – évoquant une lecture presque séquentielle,
comparable à une bande dessinée sans cases rigides. Cette liberté
de distribution
spatiale des
éléments sur la surface n’est pas un hasard : elle correspond à
la volonté de laisser
émerger l’inconscient,
plutôt que de le contraindre dans une composition préconçue. Son
usage de la couleur
et du trait – de
l’acrylique, des pastels gras, des aérosols ou du pastel à
l’huile – participe à une écriture gestuelle. Le format devient
champ de pulsions, d’affects et d’images latentes, et non
simplement surface de représentation. Dans plusieurs de ses œuvres,
les frontières
entre figuration et abstraction se brouillent
: des visages apparaissent, se disloquent, ou se recomposent dans des
chromatiques vibrantes qui semblent surgies d’un flux psychique.
Les titres, choisis avec attention, agissent comme des indices
de lecture,
orientant l’interprétation sans jamais la figer.
III. Dialogues et
influences : de Basquiat à Dalì
Chloé Kelly Miller inscrit son
travail dans un dialogue
fécond avec plusieurs courants artistiques et figures tutélaires
: Néo-impressionnisme
et surréalisme :
par l’intensité émotionnelle, par la liberté des gestes et
l’exploration de l’inconscient.
Jean-Michel Basquiat
: influence dans la spontanéité du trait, la rudesse expressive et
la réappropriation de signes primaires. Salvador
Dalì : pour sa
valorisation des images oniriques et du symbolisme. Keith
Haring, Patti Smith, Ernest Pignon-Ernest, Mapplethorpe
: références qui ancrent son travail dans une culture visuelle
pop-urbaine et conceptuelle, mêlant peinture, performance et
engagement.
Cette constellation d’influences
explique pourquoi son travail ne
se contente pas d’une seule identité stylistique
: il est à la fois brut, poétique, pulsionnel et profondément
humain.
IV. Interpréter
l’invisible : la psychanalyse comme moteur créatif
Une des singularités les plus
intéressantes de l’œuvre de Chloé Kelly Miller réside dans son
intégration
réflexive de la psychanalyse.
Pour elle, la création n’est pas simplement une expression
esthétique, mais un instrument
de connaissance psychique.
Elle s’intéresse à comment le visible
peut porter l’invisible
: pulsions, affects refoulés, traces de l’enfance, expériences
personnelles. Ses toiles fonctionnent comme des zones de révélation
où la surface picturale est un point d’accès à une profondeur
plus troublante : celle de l’inconscient. Dans plusieurs
interviews, Chloé dit ne pas « rechercher l’équilibre » comme
un objectif formel : elle
peint jusqu’à ce que l’instinct se retire,
révélant une pratique où la spontanéité dicte la forme.
V. Philosophie, société
et représentation
La peinture de Chloé Kelly
Miller n’est pas seulement introspective : elle interroge aussi des
questions sociétales
fondamentales : Identité
et altérité :
comment se construit le soi face à l’autre. Représentation
et regard : la
déconstruction des yeux ou des visages symbolise une remise en cause
du regard normatif. Corps
et handicap : sa
propre expérience, notamment avec une surdité, infuse son approche
de l’art comme langage non verbal et comme mode d’expression
alternatif. Dynamique
sociale : membres
de la communauté LGBTQ+ et questionnement de normes culturelles
façonnent sa réflexion sur l’inclusion, l’identité et la
diversité.
Ainsi ses toiles ne sont pas
seulement des œuvres à regarder : elles deviennent des espaces
de dialogue critique sur la condition humaine.
VI. Un
art libre, instinctif et réfléchi
Chloé Kelly Miller est une
artiste jeune mais
déjà complexe,
dont le travail dépasse largement une simple production visuelle.
C’est une pratique où : L’intuition et l’inconscient
sont au centre de la création. La surface picturale s’ouvre comme
un espace narratif. L’identité, le corps et l’altérité sont
thématisés avec une intensité psychologique profonde. L’influence
de grands noms de l’expressivité contemporaine nourrit une œuvre
résolument ouvert et
hybride. Son
travail est une invitation
à s’immerger dans la conscience humaine,
à naviguer entre formes et affects, couleurs et signifiés – une
peinture à la fois instinctive, conceptuelle et profondément
humaine.
« Je ne cherche pas l’équilibre dans la peinture, je
peins jusqu’à ce que quelque chose se retire, jusqu’à ce que
l’instinct se taise. »
La couleur comme produit de
l’inconscient plutôt que comme système
Chez Chloé Kelly Miller, la
couleur ne se donne pas comme un langage codifié, ni comme une
symbolique stable héritée de l’histoire de l’art. Elle ne
fonctionne ni selon une harmonie classique, ni selon une intention
chromatique préméditée. C’est précisément ce silence critique
autour de la couleur qui est révélateur : la
couleur n’est pas pensée, elle advient.
On peut alors avancer que l’inconscient
travaille la couleur avant qu’elle ne devienne signification.
La couleur est moins un choix qu’un surgissement, moins une
décision qu’une trace. Elle se déploie dans l’acte pictural
comme une réponse immédiate du corps, un réflexe affectif,
presque somatique. À ce titre, elle relève davantage de
l’automatisme psychique que d’une volonté esthétique. Ce
« hasard » chromatique n’est pas un hasard naïf, mais un hasard
structuré,
comparable à celui de l’association libre en psychanalyse : ce qui
surgit n’est jamais arbitraire, mais relié à une chaîne de sens
invisible, encore non formulée.
La trace peinte : entre
contingence et nécessité
La couleur, chez Miller, est
indissociable de la trace.
Elle est souvent appliquée de manière fragmentée, nerveuse,
parfois violente, parfois presque effacée. Cette trace n’illustre
pas une forme : elle la précède ou la contredit. Elle est ce reste,
ce résidu de l’acte, ce que la pensée n’a pas encore rattrapé.
Dans ce sens, la couleur fonctionne comme une mémoire
du geste, et non
comme un code visuel. Elle conserve la temporalité de l’acte
pictural, ses hésitations, ses pulsions, ses reprises. Là où le
dessin peut encore suggérer une intention, la couleur, elle, trahit
le moment psychique.
Ainsi, l’œuvre ne s’organise pas autour d’une
hiérarchie où la forme commanderait la couleur, mais dans un champ
instable où la couleur vient perturber toute tentative de
stabilisation du sens.
Le titre comme grammaire
secondaire : après-coup et liaison
C’est ici que le rôle du
titre devient fondamental. On peut effectivement soutenir que le
titre prime sur la couleur,
non pas comme autorité, mais comme opération
de liaison.
Le titre n’explique pas la
couleur ; il vient après-coup
(au sens psychanalytique), comme une tentative de mise en récit de
ce qui a déjà eu lieu dans la peinture. Il agit comme une grammaire
fragile, une syntaxe minimale reliant une parole à une matière déjà
là. Autrement dit : la couleur parle sans langage, le titre
tente de lui répondre. Le titre ne
traduit pas la couleur, il l’arrime
(Le lit de
ta langue, La dualité, La quête, etc.).
Il permet au spectateur de ne pas se perdre totalement dans
l’indétermination chromatique, tout en maintenant une zone
d’ambiguïté. Il crée une tension entre ce qui est vu et ce qui
est nommé — tension essentielle, car elle empêche toute lecture
univoque. On pourrait dire que la couleur est de l’ordre du
pré verbal,
tandis que le titre relève du symbolique.
Leur rencontre n’est jamais harmonieuse : elle est conflictuelle,
incomplète, et c’est précisément là que l’œuvre se tient.
Une grammaire instable
entre image et langage
Plutôt qu’un langage des
couleurs, il faudrait donc parler d’une grammaire
instable, où : la
couleur agit comme un flux, la forme tente de le contenir, le titre
en propose une articulation minimale. Cette
grammaire ne fixe pas le sens ; elle met
en relation. Elle
n’organise pas un discours, mais une constellation
d’affects, d’images mentales et de fragments narratifs — à la
manière d’une bande dessinée déconstruite ou d’un récit
interrompu. Dans cette perspective, la couleur n’est jamais
décorative. Elle est ce qui résiste à la narration, ce qui empêche
l’histoire de se fermer. Elle maintient l’œuvre dans un état
d’ouverture, de disponibilité interprétative.
VII. La couleur comme
événement psychique : entre hasard, trace et langage
Si la critique s’est souvent
attachée à la dimension narrative, gestuelle ou psychologique du
travail de Chloé Kelly Miller, la question
de la couleur
demeure étonnamment peu commentée, comme si elle résistait à
toute tentative de stabilisation discursive. Or, cette discrétion
critique n’est pas anodine : elle révèle que la couleur, dans
cette œuvre, ne se donne pas comme un système lisible ou un langage
codifié, mais comme un événement.
Chez Miller, la couleur ne relève ni d’un programme
chromatique ni d’une symbolique intentionnelle. Elle ne s’organise
pas selon des harmonies préméditées, ni selon des références
culturelles explicites. Elle surgit. Elle advient dans l’acte même
de peindre, comme un effet direct de l’inconscient à l’œuvre.
En ce sens, on peut affirmer que
l’inconscient
travaille la couleur avant qu’elle ne devienne sens,
laissant à la surface picturale des traces qui semblent
parfois contingentes, presque arbitraires. Ce hasard apparent ne doit
pourtant pas être confondu avec une absence de nécessité. Il
s’agit d’un hasard
structuré,
comparable à celui de l’association libre en psychanalyse : les
couleurs ne sont pas choisies au hasard, mais émergent d’une
chaîne affective et psychique qui échappe momentanément à la
pensée consciente. La couleur devient alors le lieu d’un savoir
non formulé, d’une mémoire sensible qui précède toute mise en
mots. Cette dimension est renforcée par l’usage de médiums tels
que l’acrylique et les pastels gras, qui favorisent la rapidité,
l’intensité et l’irréversibilité du geste. La couleur
s’inscrit comme trace du
moment psychique,
conservant dans sa matérialité les tensions, les impulsions
et les hésitations de l’acte pictural. Là où le dessin peut
encore suggérer une intention ou une structure, la couleur, elle,
trahit ce qui déborde la volonté : elle enregistre le temps de
l’affect. Dans ce contexte, la couleur n’illustre pas la forme ;
elle la perturbe, parfois la contredit. Elle empêche toute clôture
du sens et maintient l’image dans un état d’instabilité, où
figuration et abstraction coexistent sans se résoudre. La peinture
devient ainsi un espace où le regard ne peut s’installer
durablement, contraint de circuler entre zones chromatiques,
fragments de figures et vides signifiants. C’est
précisément ici que le titre
acquiert une importance décisive. On peut avancer que, chez Chloé
Kelly Miller, le titre fonctionne comme une grammaire
secondaire,
venant après-coup tenter de lier ce qui, dans la couleur, demeure
sans langage. Il ne commande pas la couleur ; il tente de s’y
adosser, de lui offrir une articulation minimale. Le titre agit comme
une opération de symbolisation fragile, reliant une parole à une
matière déjà chargée d’affects. Ainsi, la couleur relève du
pré verbal, du pulsionnel, tandis que le titre appartient au champ
du symbolique. Leur rencontre n’est jamais harmonieuse : elle est
tendue, incomplète, parfois dissonante. Mais c’est précisément
dans cet écart que se construit la force de l’œuvre. Le
spectateur est invité à naviguer entre ce qu’il voit et ce qu’il
lit, entre une expérience sensible immédiate et une tentative de
narration différée. Plutôt qu’un langage des couleurs, il
faudrait donc parler d’une grammaire
instable, où la
couleur agit comme un flux, la forme comme une tentative de fixation,
et le titre comme une mise en relation. Cette grammaire ne
produit pas un discours clos, mais une constellation d’images,
d’affects et de fragments narratifs, évoquant une lecture
discontinue, presque cinématographique, de la peinture.
En définitive, la couleur, chez
Chloé Kelly Miller, ne sert pas à signifier ; elle sert à résister
à la signification.
Elle maintient l’œuvre dans un état d’ouverture, de tension
permanente entre le visible et le dicible. La peinture devient
alors le lieu d’un sens toujours en devenir, jamais donné,
toujours à reconstruire — un espace où l’inconscient continue
de parler, même lorsque les mots tentent de le rattraper.
Couleur,
affect et sens en fuite
La manière dont la couleur opère chez Chloé Kelly Miller peut
être éclairée par certaines pensées critiques contemporaines,
notamment celles de Roland Barthes et de Gilles Deleuze, qui ont tous
deux œuvré à déplacer la question du sens vers celle de l’affect
et du devenir.
Chez Barthes, le sens n’est
jamais stable : il est traversé par ce qu’il nomme le «
sens obtus », ce
supplément qui échappe à l’analyse rationnelle, résiste à
l’interprétation et produit une émotion sans signification
claire. La couleur, dans l’œuvre de Miller, relève précisément
de cet ordre là : elle ne signifie pas, elle
insiste.
Elle agit comme une zone de vibration, un excès qui déborde la
narration, un reste irréductible que le titre ne parvient jamais
entièrement à absorber.
Deleuze, quant à lui, permet de
penser la couleur non comme qualité mais comme affect.
Dans sa réflexion sur la peinture, notamment à partir de Francis
Bacon, la couleur est une force qui traverse le corps avant de
devenir image. Elle n’est pas représentation mais intensité,
elle touche avant d’être comprise. Les plages chromatiques de
Miller fonctionnent ainsi comme des champs d’intensité, des zones
de tension où la figure se défait pour laisser place à un devenir,
à une sensation pure. Dans cette perspective, la peinture ne raconte
pas une histoire : elle produit un événement
sensible. La
couleur devient alors le lieu d’un passage — entre corps et
image, entre inconscient et langage, entre perception et pensée. Le
titre, loin de fermer cet événement, agit comme une tentative de
capture toujours partielle, maintenant l’œuvre dans un état de
fuite du sens.
Ainsi, à la croisée de Barthes
et de Deleuze, le travail de Chloé Kelly Miller se situe dans un
espace où le sens ne se livre jamais complètement, où la couleur
est moins un signe qu’un affect
actif, et où la
peinture devient une expérience à éprouver plutôt qu’un message
à déchiffrer.
« La peinture est pour moi un espace où l’inconscient
peut apparaître sans avoir à se justifier par les mots.
VIII.
Matière
sculpturale et masses réelles : une parenté discrète avec Alain
Kirili
La question de la matière
sculpturale, chez Chloé Kelly Miller, mérite d’être posée
précisément parce qu’elle ne s’impose pas comme un manifeste
technique. Qu’il s’agisse de plâtre, de matériaux composites,
de formes modelées ou assemblées, la sculpture semble moins définie
par un matériau spécifique que par une relation
à la masse, au poids et à la présence.
La matière n’est pas exhibée comme savoir-faire, mais engagée
comme résistance. Ce rapport engage une parenté lointaine mais
sensible avec le travail d’Alain Kirili, notamment dans sa manière
de penser la sculpture comme agencement
de forces réelles,
de blocs, de volumes qui ne représentent rien d’autre
qu’eux-mêmes. Chez Kirili, les pierres superposées, brutes, non
idéalisées, affirment une gravité, une physicalité irréductible.
Elles imposent au regard une expérience de la verticalité, de
l’équilibre précaire, du corps face à la matière. Chez Chloé
Kelly Miller, cette parenté ne relève pas d’une filiation
formelle, mais d’une attitude
commune face à la sculpture
: celle d’un refus de l’illusion. La sculpture ne simule pas le
volume, elle l’assume. Elle ne suggère pas le poids, elle le rend
sensible. Même lorsque les matériaux sont plus légers ou plus
fragiles que la pierre, ils sont traités comme des masses
réelles, capables
d’occuper l’espace et de produire une tension physique. Cette
approche rejoint sa peinture, où la couleur agit déjà comme une
charge, une densité affective. Dans la sculpture, cette densité
devient littérale. Le spectateur ne se trouve plus face à une
image, mais face à un objet qui partage son espace, qui impose une
co-présence. Le regard n’est plus suffisant : le corps est requis.
La parenté avec Kirili se joue alors sur un plan plus profond :
celui d’une sculpture pensée comme rapport
au sol, à la gravité, à l’équilibre,
mais aussi comme écriture non verbale. Là où Kirili parlait d’un
« geste debout », Miller prolonge cette verticalité dans une
économie plus fragmentée, plus instable, en cohérence avec son
univers pictural et psychique.
La sculpture devient ainsi le lieu où la peinture se confronte à
la matière sans échappatoire possible. Elle révèle que, chez
Chloé Kelly Miller, le travail du plan contenait déjà une pensée
du volume, et que la couleur elle-même aspirait à devenir corps.
Ainsi, qu’elle se déploie sur la surface ou qu’elle prenne corps
dans le volume, l’œuvre de Chloé Kelly Miller affirme une même
exigence : faire de la matière — couleur ou masse — un lieu de
présence, où le regard cède toujours un peu la place au corps.
Thierry Texedre / IA, le 18 janvier 2026.