jeudi 29 avril 2021

À force de forcer la fin, on naît. 


Jean-Michel Basquiat, Riding with death, 1988 , acrylique et crayon sur toile, 249 x 289 cm


 À force de forcer la fin, on naît. 


Poussé par le désir inassouvi de la terreur, entrer, user, froisser, crier, tuer, voilà la seule liberté qui fait trembler le corps monstrueux et malentendant, le corps rétracté de la vie qui s’ouvre en apesanteur. Sombres rencontres de la peur qui s’invite aux lueurs de ces ténèbres ancestrales. Un corps délité semble se redressé, contre vents et marées, un corps pesant qui s’essaye à la mémoire, rencontrant cette chair surnaturelle, dépourvue de toute pensée encore. L’origine, voilà l’origine dévisageant ce qui reste d’une ancestralité qui plus tard deviendra la mise en demeure de cette mémoire en divisant divination de ce qui la travaille ; le lieu de l’inconscient qui travaille le corps détenant une mémoire. Pourrissement à mesure que cette mémoire s’expatrie, se débauche, s’enfuit ; la mémoire fait du temps sa doublure, extermination en maux intriqués au corps vers une fin, une temporalité qui songe. Un ciel bleu est apparu, le même que celui de Giotto, ce qui tend à remonter dans le temps pour y voir d’autres lumières colorées.

 

Thierry Texedre, le 27 mai 2021. 












Roberto Cuoghi, L'imitation du Christ 




samedi 10 avril 2021

Paroles et peintures

 


"Stelle Aperte", peinture de Sergio Padovani (1972-)


Paroles et peintures


De la parole à la conversation, comment la peinture s'y prend à montrer ce que la parole nie par l'écriture. Se consumant, cette parole tient lieu d'un discours à venir. Une peinture renonçant à tirer parti de ces lectures, dont la parole travaille sur le temps cette conversion en une écriture du désir convulsif de la figure peinte, semblerait pousser la représentation dans deux axes bien distincts, afin de digresser sur la parole, comme jeu dédramatisé de cette lecture peinte. Lecture en somme qui se concrétise en vision du même contre ce différent qui saute aux yeux quand la peinture se reflète dans l'endémique front d'une vue montrée en pensée d'un sujet conversant avec sa terreur du fragmentaire, terreur de la déconstruction du même en différent, et inversement dans l'insoutenable reconnaissance de la vision qui prend place comme doublure de la parole. Y a-t-il parole dans la peinture ? Ou ce rien de parole n'est-il que l’ersatz d'un peint qui ose illuminer ce que la parole n'a de cesse d'invectiver dans sa mise en écriture, récit d'une soumission du regard impossible.On entrerait dans une concomitance de temps entre la commémoration du sens entrain de se défaire du désir, et la tentation ; asséner à cette tentation du viol de la vue par la peinture, une sortie de la démonstration du jeu qui s'ordonne, s'adonne à comprendre, traduire, l'illisibilité de la parole face au peint enflammé dans cette double dérive du temps. Le temps est sécable. Décortiquer la peinture sur un temps court, pour extraire cet agglomérat qui semble sortir du discours intentionnel. Tout discours passe par cette peinture quantique, peinture qui referme la matière sur cet enfermement extrême de la parole usurpatrice du temps. Un choc vient s'interposer où la parole donne à lire un rejet de la lisibilité territoriale de tout texte, pour monter sur une peinture de la tentation. Choc du corps taraudé par sa mise en abîme de la chair, puisque la chose peinte est la chair de la chair, puisqu'elle est être, la peinture en acte, action de grâce, la chair ici, va « s'infinir », par un trop plein (celui de l'être) ; elle tremble, par la douleur du risque de représenter, usurpation de la parole sur ce regard qui en impose de ne pas comprendre. S'il y a du faire dans la peinture, c'est moins parce que peindre est un savoir faire qu'un état de surexposition aux charniers du temps de la dépossession contemporaine. Un ciel s'ouvre au risque de la mortalité des corps. Un ciel, celui d'une danse immémoriale de l'apparition du sacré dans l'immanente expulsion, explosion de la mémoire en visions. La peinture ment quand le corps puise sa mémoire dans les errances du temps court. La peinture n'est pas un double qui se laisse aller au regard de la douce jouissance. La peinture prend en écharpe le corps pour l'élever jusqu'à l'être, l'être est sa vision, la véritable consistance du peint. L'être est sans parole au moment de l'acte de peindre. Merci à Sergio Padovani peintre, en particulier pour «Stelle Aperte ». 

La peinture éclaire ce qui plus tard deviendra l'autre versant d'une pensée prise dans les tourments de l'enfermement oral. Par cet enfer, on craint de croire, croyance au risque de l'enfermement du peintre au format déformant de sa peinture. La grande incertitude qui en ressort est une contrainte de l'évanouissement du réel au profit d'un imaginaire qu'on croit toujours issu de l'irréalité. Un passage pourtant reste possible, promis aux grands bouleversements de la peinture tombant dans sa certitude avec l'abstraction en vigueur au début du XXe siècle. Le trou, anus, passage érotique d'une soudaine dérive du pictural montre l'automatisme d'une peinture au profil lentement réglé sur la jouissance du corps évacué en extases, rejets, scarifications du support évacué en une sorte de matériau sans âme, le trou sombre d'une tragédie qui déroule de plus en plus ses maux, mental du désert, assèchement d'une pensée montrant sa dépense sa désespérance à trop dénaturer l'être dans son pourrissement, le sens montré en sens inverse, non-sens illusoire d'une abstraction qui en impose par sa mise en demeure du vrai. De cette vraisemblance, naît l'incompris, le distant, l'incidence, vertige de quelques vestiges organiques, orgasme oblige pour se risquer à « parlêtre » (parler l'être/à paraître), monter sur l'étant, coït du délire d'une peinture démasquée ! ; la peinture du questionnement renaît. On entre dans cet espace du vide, l'infiniment grand se montre, l’œil s'illumine se risquant à l'aveuglement, on y voit ce quelque chose d'éternité qui vole au-dessus du mirage hétérogène de l'enfer. L'enfer, c'est l'envers de l'être. Il n'y a d'enterrement, cérémonial, que celui qui vous pousse à monter vers ces cieux, délices intemporels du bleu de la première couleur touchée par l’œil inquisiteur du nouveau né chez l'humain. Paradis vraisemblable qui augure à rendre grâce au verbe fait chair dans l'attente d'une réalité, celle d'un purgatoire du peint. La peinture s'entend par là comme interruption momentanée du temps dans sa mise en lumière de la pensée qui se dépossède à se montrer telle qu'elle est : monstruosité de ce réveil, vol insupporté de la voix encore onomatopée d'un sourire qui s'étend sur la toile pour démasquer l'affabulation du genre humain sur l'enfer de sa voix.


Thierry Texedre, le 10 avril 2021.