dimanche 6 juin 2021

Le rien du désir














Le rien du désir


Sous les draps du désir

s'offre le regard caché

dans les abîmes invités

de la caresse indécente

suave et languissant

le corps retenu s'allonge

se replie se resserre se dresse

tenté par les mouvements

des mains dans l'entrejambe

douce indécence de la nuit

loin des esprits encombrés

une main dans le dos

comme pour partager

les zones érotiques

l'érection joue avec

quelques sons sortent

explosés et empruntés

au vide tout autour

un jeu incessant

semble se soustraire

au temps dépossédé

de cette nudité rencontre

de ce qui rêve l'intérieur

de cette chair renversante

jusqu'à l'orgasme imminent

en toute suffisance

en sortant goutté

par les odeurs du corps

évadé fuyant et lumineux

à l'arrière le lit

lentement tel un rideau

s’étale sur cette absence

au regard futur

vide et en plis

du ressenti des draps.


Thierry Texedre, le 6 juin 2021.



peinture Les Demoiselles d'Avignon (1907) de Pablo Picasso (1881-1973)





 

 

 

samedi 5 juin 2021

Du regard

























Du regard


C'est une insistance

le regard imprègne

le spectateur est dans

l'impossible confort

l'heure allonge son rituel

dans l'indifférence générale

c'est une orchestration

de nouveaux rituels

actions du drame

celui du sens

sacrements du réel

le réel plonge dans une danse

une exploration chamanique

l’œil surplombe tout enregistrement

l'enseignement trace son envers

dans un excès le peint baroque

c'est un chaos organique

un plan une relique un accident

voué à l'exacte destruction

la performance d'un désir

sans fin du même sans lieu.



Thierry Texedre, le 5 juin 2021.


compositions de Joris Van de Moortel (1983-)



 




 

jeudi 3 juin 2021

Le déluge, on ne sait pas

 


















Le déluge, on ne sait pas 

 

À l’aube ce soleil sorti du rouge

Rencontre l'oeil né du bleu fuyant 

Cette irruption chaude un temps 

Poursuite vers ce leurre la lumière 

Une plongée dans le feu et l’eau 

Peut-elle montrer le froid humain 

À mesure l’été sombre meurtrier 

Monstre immaculé l’envie dressée 

D'une mémoire qui saute l’ivresse 

Par la peur terre du pouvoir de l’air 

Tentation passée par tous les astres 

Les plages du désir s’offrent au lit 

De la mer océane qui quitte la rive 

Rivage austral du vent caressant 

Les peaux hybrides ventres démons 

Face aux pleurs de la pluie démontée 

Le soleil jaune touche la vue véridique 

Jusqu'où cet aveuglement éruptif  

Prend l’homme hauteur en marche 

De la plaie de la chair visitée à vif 

L'entièreté du dedans luit et s’étend 

Jusqu'au déluge au seuil de la mort 

On ne sait pas quand la mort sort 

Féroce animal au commencement 

Au début du temps qui lentement 

Plonge l’être dans la création divine 

L'être de la respiration controversée 

Annonce ce savoir sorti de nulle part 

En blocs humains coupés du monde. 

 

Thierry Texedre, le 2 juin 2021.  

 

 

 

 

peinture de Louis Cane

Le déluge I, A Paolo Uccello, 1982

huile sur toile 318 x 440 cm







lundi 31 mai 2021

Devenir-paysage

 












Devenir-paysage 

 

Son désir la résistance 

Dérive de cette géographie 

Langueur des paysages 

Glissement léger 

En surface de ces méconnaissances 

Assis devant un terrain trop droit 

Les yeux rivés en vie visitant 

L'air qui se creuse se plisse en pluie 

Me tire de ce sommeil en image 

Qui chemine en moi désireux 

Délivrant par cette réalité 

Les caresses de l’inconnaissable 

Marcher pour emplir ce moi 

D'un creux d’une béance 

C'est la cathédrale du monde 

Qui fuit l’image son devenir 

Jusqu'où une trace disparaît 

Jusqu'où je crache ce réel 

En cris glissant le long de mes pensées 

Au sol le paysage est démonté 

Entre mes mains le dessin me souvient. 

 

Thierry Texedre, le 31 mai 2021. 

peintures de Marjorie Méa (1975-)











mercredi 19 mai 2021

Les démons occultes




 

Les démons occultes 

 

Frôlant le reste du temps 

L'histoire larguée souffre 

En rituels illusoires en fuite 

Fourré dans un coin de la tête 

La mémoire s’en remet au lit 

Lentement de la surdité ôtée 

Du désir risqué de jouer à jouir 

Des saisons dépecées par l’animal 

Qui se noue avec l’horreur la peur 

La caduque l’immortelle descente 

De la mort comme miroir de l’image 

Encore incertaine vue de l’humanité 

Rétrécie à mesure que l’animal  

Chasse une apparition un espace 

Un esprit qu’aucun cadavre n’est 

Encore envoûté par la démesure 

Enfer que cet enfermement 

Dans l’immensité spatiale 

Du désert cosmique  

Qui montre au-dessus  

L'évasion pour oublier 

Ce feu insolent cette lueur 

Qui monte en nous chassée 

Par les démons occultes 

Elle danse la sorcellerie  

De la terre enfumée. 

 

Thierry Texedre, le 19 mai 2021. 


Le vol des Sorcières (1797) de Francisco de Goya






vendredi 14 mai 2021

L'esprit

 

























L'esprit


De l'épuisement éthéré

de la plaie et du sang

il se retire pour vivre

l'éternité sort l'évadé

partout où l'esprit luit

en priant l'enfer démon

de l'immanent le verbe

couché ô lit de la mort


Le drame occulté fuit

le long de ces ombres

tumultueuses une nuit

pour plaire et défaire

sur cet avant du temps

l'image qui s'imagine

rester en pieds à vie

c'est le destin du sang


Terres intérieures du

drame de la chair bue

pour emporter l'irréel

au plus loin du vertige

des maux en jeux de

la musique d'un cœur

brillent les yeux du

hasard sur ce feu doré


L'esprit par la suite

en parlant pour rien

sort ivre de cette fête

en dansant ponctuant

sue dans la fournaise

les plaisirs ensorcelés

d'un temps dépossédé

s'évanouit en tirades.


Thierry Texedre, le 13 mai 2021.



peintures de Bruno Perramant (1962-)









dimanche 2 mai 2021

Le corps mortel avant le peint du destin
























Le corps mortel avant le peint du destin


Incidence monstruosité de la figure peinte état de déliquescence du trait mouillé dans la couleur indisposée insoumise l'art de l'attrait s'émancipe à mesure que le peint s'effondre dans la vision la division de toute vision face au refus récalcitrante infirmité qui s'offre au regard de la sordide impulsion lumineuse faire le faire de la tentative d'élocution de la peinture qui manque son objet la parole l'interdit comme résolution de l'acte peint poussé à jouir à cause de la couleur qui tourne et retourne l’œil de l'ignorance verbale on entre en rémission quand le verbe s'émeut se sort du corps pour montrer la chair alors l’œil incidemment s'invite à forcer son aveuglement en exposant sa chair celle qui montre la monstrueuse hétérogénéité de ce corps quand dans une découpe de cette chair la couleur s'étend comme coulée qui peint la souffrance la mort qui arrive pour affirmer le jaillissement coloré enfin disposé dans un alignement du vrai et de l'infini entrain de renaître la peinture est alors soumise à ce dessin qui montre la couleur comme destin.



Thierry Texedre, le 2 mai 2021.


Le Greco, « La vision de Saint-Jean », 1608-1622




 

jeudi 29 avril 2021

À force de forcer la fin, on naît. 


Jean-Michel Basquiat, Riding with death, 1988 , acrylique et crayon sur toile, 249 x 289 cm


 À force de forcer la fin, on naît. 


Poussé par le désir inassouvi de la terreur, entrer, user, froisser, crier, tuer, voilà la seule liberté qui fait trembler le corps monstrueux et malentendant, le corps rétracté de la vie qui s’ouvre en apesanteur. Sombres rencontres de la peur qui s’invite aux lueurs de ces ténèbres ancestrales. Un corps délité semble se redressé, contre vents et marées, un corps pesant qui s’essaye à la mémoire, rencontrant cette chair surnaturelle, dépourvue de toute pensée encore. L’origine, voilà l’origine dévisageant ce qui reste d’une ancestralité qui plus tard deviendra la mise en demeure de cette mémoire en divisant divination de ce qui la travaille ; le lieu de l’inconscient qui travaille le corps détenant une mémoire. Pourrissement à mesure que cette mémoire s’expatrie, se débauche, s’enfuit ; la mémoire fait du temps sa doublure, extermination en maux intriqués au corps vers une fin, une temporalité qui songe. Un ciel bleu est apparu, le même que celui de Giotto, ce qui tend à remonter dans le temps pour y voir d’autres lumières colorées.

 

Thierry Texedre, le 27 mai 2021. 












Roberto Cuoghi, L'imitation du Christ 




samedi 10 avril 2021

Paroles et peintures

 


"Stelle Aperte", peinture de Sergio Padovani (1972-)


Paroles et peintures


De la parole à la conversation, comment la peinture s'y prend à montrer ce que la parole nie par l'écriture. Se consumant, cette parole tient lieu d'un discours à venir. Une peinture renonçant à tirer parti de ces lectures, dont la parole travaille sur le temps cette conversion en une écriture du désir convulsif de la figure peinte, semblerait pousser la représentation dans deux axes bien distincts, afin de digresser sur la parole, comme jeu dédramatisé de cette lecture peinte. Lecture en somme qui se concrétise en vision du même contre ce différent qui saute aux yeux quand la peinture se reflète dans l'endémique front d'une vue montrée en pensée d'un sujet conversant avec sa terreur du fragmentaire, terreur de la déconstruction du même en différent, et inversement dans l'insoutenable reconnaissance de la vision qui prend place comme doublure de la parole. Y a-t-il parole dans la peinture ? Ou ce rien de parole n'est-il que l’ersatz d'un peint qui ose illuminer ce que la parole n'a de cesse d'invectiver dans sa mise en écriture, récit d'une soumission du regard impossible.On entrerait dans une concomitance de temps entre la commémoration du sens entrain de se défaire du désir, et la tentation ; asséner à cette tentation du viol de la vue par la peinture, une sortie de la démonstration du jeu qui s'ordonne, s'adonne à comprendre, traduire, l'illisibilité de la parole face au peint enflammé dans cette double dérive du temps. Le temps est sécable. Décortiquer la peinture sur un temps court, pour extraire cet agglomérat qui semble sortir du discours intentionnel. Tout discours passe par cette peinture quantique, peinture qui referme la matière sur cet enfermement extrême de la parole usurpatrice du temps. Un choc vient s'interposer où la parole donne à lire un rejet de la lisibilité territoriale de tout texte, pour monter sur une peinture de la tentation. Choc du corps taraudé par sa mise en abîme de la chair, puisque la chose peinte est la chair de la chair, puisqu'elle est être, la peinture en acte, action de grâce, la chair ici, va « s'infinir », par un trop plein (celui de l'être) ; elle tremble, par la douleur du risque de représenter, usurpation de la parole sur ce regard qui en impose de ne pas comprendre. S'il y a du faire dans la peinture, c'est moins parce que peindre est un savoir faire qu'un état de surexposition aux charniers du temps de la dépossession contemporaine. Un ciel s'ouvre au risque de la mortalité des corps. Un ciel, celui d'une danse immémoriale de l'apparition du sacré dans l'immanente expulsion, explosion de la mémoire en visions. La peinture ment quand le corps puise sa mémoire dans les errances du temps court. La peinture n'est pas un double qui se laisse aller au regard de la douce jouissance. La peinture prend en écharpe le corps pour l'élever jusqu'à l'être, l'être est sa vision, la véritable consistance du peint. L'être est sans parole au moment de l'acte de peindre. Merci à Sergio Padovani peintre, en particulier pour «Stelle Aperte ». 

La peinture éclaire ce qui plus tard deviendra l'autre versant d'une pensée prise dans les tourments de l'enfermement oral. Par cet enfer, on craint de croire, croyance au risque de l'enfermement du peintre au format déformant de sa peinture. La grande incertitude qui en ressort est une contrainte de l'évanouissement du réel au profit d'un imaginaire qu'on croit toujours issu de l'irréalité. Un passage pourtant reste possible, promis aux grands bouleversements de la peinture tombant dans sa certitude avec l'abstraction en vigueur au début du XXe siècle. Le trou, anus, passage érotique d'une soudaine dérive du pictural montre l'automatisme d'une peinture au profil lentement réglé sur la jouissance du corps évacué en extases, rejets, scarifications du support évacué en une sorte de matériau sans âme, le trou sombre d'une tragédie qui déroule de plus en plus ses maux, mental du désert, assèchement d'une pensée montrant sa dépense sa désespérance à trop dénaturer l'être dans son pourrissement, le sens montré en sens inverse, non-sens illusoire d'une abstraction qui en impose par sa mise en demeure du vrai. De cette vraisemblance, naît l'incompris, le distant, l'incidence, vertige de quelques vestiges organiques, orgasme oblige pour se risquer à « parlêtre » (parler l'être/à paraître), monter sur l'étant, coït du délire d'une peinture démasquée ! ; la peinture du questionnement renaît. On entre dans cet espace du vide, l'infiniment grand se montre, l’œil s'illumine se risquant à l'aveuglement, on y voit ce quelque chose d'éternité qui vole au-dessus du mirage hétérogène de l'enfer. L'enfer, c'est l'envers de l'être. Il n'y a d'enterrement, cérémonial, que celui qui vous pousse à monter vers ces cieux, délices intemporels du bleu de la première couleur touchée par l’œil inquisiteur du nouveau né chez l'humain. Paradis vraisemblable qui augure à rendre grâce au verbe fait chair dans l'attente d'une réalité, celle d'un purgatoire du peint. La peinture s'entend par là comme interruption momentanée du temps dans sa mise en lumière de la pensée qui se dépossède à se montrer telle qu'elle est : monstruosité de ce réveil, vol insupporté de la voix encore onomatopée d'un sourire qui s'étend sur la toile pour démasquer l'affabulation du genre humain sur l'enfer de sa voix.


Thierry Texedre, le 10 avril 2021.







jeudi 11 mars 2021

Suite




Suite


Sous ces cieux autres et austères, mêlés à cette impertinence, pourquoi avancer sur un tel registre dont on craint l'altérité ; l'interdit, l'amalgame, l'entrée en une erratique indifférence, la grande incertitude du manque, l'apologie du beau que le temps ausculte, l'immortelle couleur qui manque au temps, une certitude, l'invitation au beau reste la seule certitude d'une peinture qui couche la chair sur les draps blancs d'une somme, l'effusion des couleurs d'un temps sans fond. Ce temps est un temps de l'audition. On scrute on tempère, pour asséner comme une suite au texte futur, l'enseigner de son incapacité à traduite cette omniprésence des couleurs par leur transfiguration, leur état de proximité avec des sons modulant une musique protéiforme, une musique convulsive quand la parole interfère avec la puissante exhortation de l'écriture. Par quelle peinture, soubresauts d'une fin sans cesse repoussée, la représentation se soumet au risque d'ensorcellement des couleurs, de ces élans jubilation d'une musique d'un soulèvement du temps ; le temps de chercher la temporalité d'un sujet qui peint sans suite l'opportunité d'un devenir de la cause humaine. La forme tient du mirage, tel un miracle occulté, ce serait en filigrane l'étalement d'un volume qui plonge dans les abîmes tourmentés de la pensée.


Thierry Texedre, le 11 mars 2021.


Jerôme Bosch (vers 1450-1516), « Saint Jean-Baptiste dans le désert », Huile sur panneau de bois 49,0 x 40,5 cm







mercredi 3 mars 2021

Abysses



Abysses


Du prétexte pour faire croire

au centre que l'enfer est partout

au sens du centre le sang éternel

ventre à terre plie pour passer par

ces fenêtres illisibles du temps

tourniquet de la roue illimitée

et sans fin la terre est carrée

puisqu'on peut y vivre pousse

de la vie en ligne dans l'infini

qui fait le tour à son tour objet

d'une possession de la vue

parce qu'elle n'a de cesse d'entrer

en résistance avec un corps

caverne contaminée par le dessin

dessin du corps déformé plaies

de l'invisibilité de l'entre-deux

le corps dessine sa fin pour

fuir l'enterrement de la chair

la chair se délite s'absout livre

sa défaite dans un volume boite

corps vidé de ses maux nauséeux

corps du dedans livré aux feintes

d'une peinture qui tente la fin

insaisissable envers de l'au-delà

où s'induit l'envol de ces âmes

vertueuses et monstrueuses

le monde est carré dans ces lieux

vulgaires voltige d'un point

à un autre angles du dedans

angles du dehors qui teinte

en une petite musique répliquant

sans cesse sa jubilation à exhumer

le peint de ses couleurs acides

en buvant l'esprit jusqu'à la lie

pour lui faire dire ce que le peint

n'a pas encore tenté de son vivant

lui faire dire par quels abysses

son sort semble soumis c'est là

le risque d'une rencontre avec

l'avant vie de l'avant du verbe.



Thierry Texedre, le 3 mars 2021.




"Abysses", 2020 peinture acrylique sur papier, Raymond Stoppele







mercredi 17 février 2021

La tentation du verbe




 

La tentation du verbe


Depuis ce corps le corps cavité

sombre l'alternative du point

le point controversé du mal

pourquoi ce mal est-il si circonscrit

depuis une réponse religieuse obtus

c'est ainsi que traîne l'altérité du laïque

invertébré insoumis à l'éclosion

d'une terreur l'obvie l'interdit du mort

le mort éternel souffrant de vivre verbalement

le verbe du corps invertébré puisque immonde

parce qu'il croit au risque d'une éclosion

l'éclos d'une fermeture de l'envie d'être

à cause de l'être étant depuis l'étreinte 

en vie ou depuis l'origine d'un choc

le choc vertébral du corps décapité

à cause d'un soleil jaune puisant

dans ce corps sa souffrance d'être chair

à quelle chair la tête s'invente ce sort

d'être la chair avant d'inventer un langage

aux signes insignifiants puisque sortis

de l'inconscient comme histoire de ce corps

possédé par la parole entrain de montrer

ce que le corps a de dérive dans l'infini

soulèvement d'une vérité en trop

la vérité est ce trop livré à l'inconstance

l'inconsistance de l'inconscient de ce sujet

sujet du corps de l'élection d'un verbe

atomisé par l'animalité qu'un verbe frôle

et que la peinture va monter en jouissance

le cosmos y vient causer sa fosse nasale.



Thierry Texedre, le 17 février 2021.

Yves Klein, Anthropométrie, sans titre (ANT 170), 1960





vendredi 12 février 2021

Le temps peint

Christine Bonnin (1962-)

artiste peintre et dessinatrice française


Le temps peint de Christine Bonnin

Christine Bonnin propose et induit un dialogue entre ce qu'elle peint et ce qu'elle vit spontanément. Journal intime et peinture se répondent ou se répandent selon que s'entremêlent ou se croisent un récit et une pénétration dans la matière picturale. L'artiste entre en relation avec cette spontanéité qui pousse le plaisir à répondre aux questions d'une écriture qui se débride, en impose à l'écriture littérale qu'elle ne peut montrer. Son écriture est une écriture sans corps, déchirante, qui exerce la peinture au plus près de la reconnaissance d'un lieu de l'intime. Certainement pour mieux apprivoiser l'artiste qui s'offre à nous. Apprivoiser la vie quotidienne sans l'intime qui le peint.

Affres affamés du quotidien, l'écrit s’érode, se tait, sort de son silence, se soustrait au traitement qui est le sien de montrer la psychologie du temps, là est ce dessein, celui qu'un dessin peut de ne pas signifier la peinture quand la peinture sort de ce dessin, aux couleurs de ce récit sans temps, Serait-ce sa sentence ? Angoisses de l'intolérable discours du temps sur une peinture qui démasque chaque jour, chaque couleur en circonvolutions entre des mots en phrases liées au peint d'un désir infranchissable. Christine Bonnin écrit la peinture puisqu'elle ne peut la peindre qu'en tentant une percée dans ce que le présent n'arrive pas à soustraire de sa représentation du réel.  

Thierry Texedre, le 12 février 2021. 





































samedi 6 février 2021

Composition












































Composition

06.02


Patch

Du regard illusion

de la disgrâce en songe

l'usure l'usurpation

en danse indigène

sur cet ourlet euclidien

la vie s'étale

tel un voile obscurci

de la faune vitale

la peau sort sordide

du temps mécanique

horloge démontée

voilà l'articulé

l'os rétinien du bras

longeant la rive

pour jeter la danse

en figures occultes

dans les affres de l'océan

le trou béât du fond

qui court après la mort

retroussée jusqu'à l'âme

le sort en est jeté

la vicieuse chair

est bien vissée

puisqu'elle est venue

au monde infini de la plaie

un sexe trempé dans l'eau

jouit du four rougi

par le monde enfantant

l'unique peuplement

d'une parole enfantée

là est la parodie

celle d'un esprit

trop malin pour dire

quelque chose

objet du désir lueur

qui sens de travers

par une petite musique

qui court rivière

insolente l'insoumise

corps coupé du monde

corps tronqué qui touche

au ventre de l'enfer

voilà le nœud du corps

qui habite l'envers

la mise à nu du néant

répétition sans fin

d'un œil éjaculé

fruit de la parole

la tentation de lire

par cette divine

contestation du non

ce nom improbable

de l'un de la déchirure

l'illusion du vrai

où se vautre ventre à terre

le corps ramassé

et qui expire le poison

de ses sens en prières

mamelles des songes

pointés et soulevés

donnant le lait du trépas

où vit ce dehors

cette occlusion de l'intérieur

cette concentration

ce frôlement d'aile

de l'impuissance

une envolée vers un paradis

à découvert le véhicule

de l'être atomisé

la vulve oubliée d'un été

rêvé la poussière

de cet ange s'évadant

de la peau disséminée

en canaux vénaux

d'une nuit éparpillée

ça tourne vite exprès

pour faire croire

à une vérité du jour

le silence d'un patch

où la nuit s'endort

dans les bras ouverts

d'un paysage amoureux.



Thierry Texedre, le 6 février 2021.



peintures de Kim Whanki (1913-1974)





 

dimanche 31 janvier 2021

L'étreinte

 


















L'étreinte


Secoué par l'impuissante gestation

qui nous tire dessus sanguinolente

du corps désavoué de la respiration

trop en avant pour vivre son temps

touché par la balle qui referme l'air

dans l'invention de la chair chassée


*

le jour après se divise et trop ténu

où sont les arbres dans les veines

piquées avant l'autre intervention

bientôt ça sentira l'ensorcellement

la clavicule cassant du bois l'hiver

partout l'esprit se traîne des doigts


*

en cherchant du temps le tremplin

ces corps diverticules sortent enfin

de leurs excitations les exciseuses

les intolérables amours et du doute

se couchent tout bitumineux noirs

et la germination d'avant le réveil


*

étranglé le son montre se montre

alors secoue s'envole se rétrécit

pourquoi cet or sort des fesses tir

par quoi ce renversement l'enfer

se referme sur l'esprit malin qui

tape et passe son temps à causer


*

et le regard retors semble rétréci

jusqu'aux larmes de l'imminence

le rien qui tremble saoul dedans

pendu à l'étuve le cœur dégrossi

j'ai mal aux neurones nébuleux

ils traînent dehors à cause du lit



Thierry Texedre, le 31 janvier 2021.






samedi 30 janvier 2021

De la fuite comme blessure

 









De la fuite comme blessure



L'art de peindre prend acte de l'impossible réquisition de la couleur du temps. Une peur s'installe, se situe, se montre devant la toile, plus que dans ses plis ( ceux de l'improvisation de l'acte même de peindre), trempe et tremble d'une opération entre le discernement et une faille : où aller quand du dessin on entre pour affronter les ténèbres. L'univers s'entend, s'étire, se marque, tel un feu venu de cette feinte, soi de reconnaître la loi. La loi qui régit les couleurs dans leur ontologie du sacré. Un sacré qui donne « sens à la nuit » du temps fantôme.

Chez Arnaud Martin, l'art du traitement de toute figure passe par l'insoumission à l'histoire, celle d'une peinture figurative. La figure est exhaustive ou exsangue de tout réalisme ou interprétation symbolique qui vide le temps de ses archaïsmes (fissure de la mémoire). Ici, des « créatures » (non archaïques) sortent ou rentrent de leur figure (la pesanteur du corps humain devant ses peurs), pour affoler le schème symbolique (le squelette d'une action, son dessein), le retirer ou l'interner dans l'impensable

risque d'une résolution picturale. Le peint met en avant un état hybride où l'ombre et la lumière blessent la couleur, jusqu'à montrer la forme, une sorte d'existence qui nous peuple.

Un rêve affronte l'animal, celui qui jaillit d'un « soleil noir », le rêve d'animaux oubliés. C'est le sexe d'un nouveau monde. Arnaud Martin poétise la peinture. Il lui libère cette lumière au bord du réel, pour contourner le format défini par le peintre. De ces contours sort l'improvisation de l'être et son contraire. C'est cet œil qui fait souffrir un corps qui naît. Ni humain ni animal. Un nombre inconstant de corps-animaux qui dévie d'une mémoire l'observant. Des créatures qui ensemencent le vide dans les cendres du présent amer. Dans un effondrement des ténèbres. Les couleurs sautent à l’œil, elles semblent nous parcourir dans les sables dissous de nos paroles indistinctes.

On comprend mieux cette blessure qui se dresse au retour de ces corps ancestraux.




Thierry Texedre, le 2 janvier 2021.