Une textualité qui recherche en permanence son écriture et sa peinture, sans toutefois entrer "en représentation", le lieu ? Une musicalité, pas dans "le son" d'une lecture qui reste aléatoire, mais dans ce qu'un sujet peut de penser: où en est son image, la scription ?
Arrière-cour
du temps saccadé, le temps est le vice-caché de la
mort. La mémoire diffuse se rétracte dans une ombre
brumeuse, c'est le début de cette éclosion d'une trace
mnésiques. Là où se densifient les actes
manqués, la mémoire souffre, la mémoire tempère,
la mémoire va plus vite que sa reconnaissance en mots. La mort
est la grande absente du grand chambardement qui régit la
mémoire. On traite le fou, mais savez-vous ce qu'un fou peut
faire quand la création s'en mêle? Mémoire en
parasitage du verbe, comme fin du verbe comme commencement, début
de tout. Traversez la fin des temps, et votre mémoire se
liquéfie, pour renaître autrement, dans une matière,
celle de la tempête des corps célestes. L'univers est ce
calcul de l'infini qui se soutient d'une mémoire à
court terme, mémoire temporale. Le vide est la partie de
l'univers qui résout momentanément la vérité
de ces corps célestes. L'atomisation de l'univers est le
résultat de la mémoire qui remonte le temps, à
trop se donner en spectacle. Trop plein, débordement,
rétroaction, effet de retour sur l'image ainsi créée,
pour entériner la mémoire en songes infinis sur
l'espace insignifiant du temps. Tenter de résoudre ce qui de
l'univers ou du temps est à l'origine de la vraisemblable
vérité, tient du miracle. Croire n'est que ce milieu
impétueux d'un corps pensant, là où l'être
est forclos, coupé du moment irréversible du temps
passé. L'extermination, la poussée vers l'apothéose
de la dévoration des corps, semble avoir un lien plus
important avec la mémoire que ses mots eux-mêmes pour
l'intelligibilité et le sens de la parole, de la mise en
volume du dire dans l'art de peindre, de représenter, de
donner à voir, dans cette mise à plat du format peint.
Le ralentissement et l’anéantissement de tout corps, donne à
voir ce qui le dessine, coupes et découpes dans une
trans-réalité, transformation de l'avant vers une
résolution de ce corps possédé par la mémoire,
dépossédé de son image, pour en finir avec le
temps. On pense parce que le temps est notre déposition,
souffrance de la chair, pour faire remonter ce que croire a de
tiraillement dans l'amour pour l'un. J'aime ce seul et unique être
qui n'est ni moi ni l'autre, mais ce détachement, l'unique
émoi, par dessus tout, de l'indivisible étant du corps
jouissant. Corps utérin?
L'indécence
du corps ne descend pas jusqu'au sexe. Du plus court à sa
pulsion ouverture vers cette jouissance en vrille, et
incommensurable. Le pli n'a qu'à bien se tenir, sur quoi un
autre corps peut s’empaler. Se sucer, se courser, s'anéantir,
se redresser pour enfin remplir ce trou du désir inopinément.
Les mains resserrent le sexe durci, juste pour presser le sang. Les
veines semblent gonfler, drainer l'indomptable bambou pour malmener
l'affaire. Quelle verge raide vient sucer le con ouvert et rose à
l'intérieur. Les lèvres se resserrent autour du gros
gland caverneux. Les deux corps s'esquivent un court instant, puis se
serrent l'un sur l'autre, comme si les deux parties ne faisaient plus
qu'un corps suintant, dégageant les membres remuants et
effrayés, de chaque côté d'un tronc au milieu
mystérieux et indistinct. Quel instinct peut se mesurer à
une telle forclusion? Là où rien ne pense, là où
tout s'efface, se densifie et s'annule. L'enfournement de la verge
est violent, comme pour faire mal à ce dedans impérial
et impétueux. Ravage du temps de la parole. Prière
immonde à l'appel d'une jouissance indécidable. On nie
là l'acte même d'un désir abouti. L'art du
spectacle se dessine sans visage, sans lieu ni ressort de l'amour. On
aime pour avoir mis le mal en patience. Les corps se redressent sous
les coups, au fond, en butée, au relâchement de soi. Les
gémissements sortent du fond des deux gorges, et la semence
éjaculée sort pour goutter sur les draps immaculés.
Le corps-osmose soudain se sépare, pour laisser deux êtres
imparfaits glisser sur les côtés du lit, touchés
et déchirés par cette lévitation de l'orgasme
qui les emporte.
Le
jour se lève, rien n'est plus impitoyable que le commencement
de quelque chose d'imminent, l'illustre inconnu d'un ressenti
terrible, l'impuissance devant l'absence de voix; voix qui se
retient, qui appelle le corps à la rescousse. On ressasse le
travers d'un passé conquis, sous l'aile protectrice de la
reconnaissance. Le début en impose. La fin de quelque chose
sans doute! L'émerveillement d'une ère, d'une vague
assaillante, d'une future commémoration pour marquer le sens
des choses. La mémoire boit-elle sa source pour s'enivrer de
ce qui l'absout: l'enterrement du croire en croître.
Remplacement du jour par le croître, juste pour ouïr la
tentative d'une parole, nommément intérieure, avant que
sa rencontre avec l'air n'y soit pour quelque chose: la
représentation. On entrerait dans un espace assujetti au
risque de ne pas nommer cette irruption. Le jour se mêle à
cet autre lieu, dans un commencement à deux temps, double
hélice de la vie qui passe par la tessiture «intemporelle»
de l'apparition. Aucun son ne peut rendre compte de cet état
de dissection du fracassant jour juché sur la pointe du
sommeil virevoltant de tous ses éclats, avant de retomber dans
la clarté confuse de cette mémoire inondée
d'images à résoudre. Le jour tant attendu, n'en est pas
moins le contraire de l'acquis, le contraire du paysage mis comme tel
là, au juste moment où nommer n'est pas encore le
tragique affect du corps-postulat. C'est encore une charge
émotionnelle qui tente de rendre au corps sa consistance, sa
matière, cette économie damnée dans le dire
primordial.
1 Sous
quels hospices l'art a-t-il su transmettre ce rituel perpétuellement
reconduit dans l'inconsistance du sujet? Nous
pourrions élever le débat sur d'autres terres,
hérétiques celles-là. La question toucherait
alors au dedans, à la reproduction, à la féminité
peut-être. L'art ici, n'a pas à se départir de
telle reproduction, l'infant
serait
cette césure qui doit mettre le sujet féminin dans une
posture-corps liée par une posture- identitaire,
reconnaissance intérieure d'un moi trop informel? Restauration
du deuil? Non, l'art prend une autre voie, contre toute attente, voie
érigée dans cette dépense du corps intraduisible
et irascible (sauf à rencontrer la mort et son cortège
âme, mémoire, loi du père cette autre voix
extérieure?); vers cette étrangeté illégitime
et intraduisible au présent: la voix et/ou le dire –
voidir –
sans voix, ou avec du dire? L'étant
du dire est constant, tel qu'une sismographie
rendrait possible l'art de l'écoute-vision du sujet.
L'assentiment pour cette autre figure de la peinture qu'est
l'abstraction, rend
alors possible ce saut qualitatif dans l'indécence d'un corps
polyptyque.
Représentation de l'ouvert/fermé du corps à sa
«pulsation» vitale, celle-là même qui a été
oubliée du dire après la naissance du corps, avant
qu'il ne devienne parlant. Écholalie du dire qui ne fait que
renvoyer à matière inerte de la parole, chose absente
de sa forme, forme en éternelle déconstruction, là
où se cache son fou.
Ne peut-on pas dire à écouter qu'on s'en
fout, sauf là encore de
la musique: puisqu'un
corps pensant connaîtrait la musique? Produire du son serait
alors l'écart entre la mort et sa définition? Le risque
pour l'art serait de perdre sa représentation du corps capté?
L'abstraction est un tour, un retournement, un malaise devant
l'action-peinte; comme revers de la figure du sujet hors du dire
proscrit? La sublimation dans l'art, retournerait-elle sa féminité
pour l'accoucher, immanquablement le corps accouche de l'homme qui
questionne l'accouchement sans ce/se dire incantatoire? Pas
seulement. Produire est tout sauf le dire vrai/le dire est tout sauf
le faire répéter. L'incrédulité de la
production touche à son comble dans l'abomination du
sujet-peintre qui peint le dire-son de l'autre absent de
l'abstraction, présence là alors de l'invention d'un
corps de création, d'un corps naissant; d'un accouchement du
corps féminin.
2 Dans
quelle temporalité l'art a-t-il un lien à la
subjectivité? Ce
lien serait celui d'une irréalité de Dieu, contraction
d'un temps commun vidé de sa représentation sur un
modèle ostentatoire, drame de la fin de la vie, résurrection
ou vie après la mort. Le corps serait cette finitude prête
à entrer en communion avec l'autre, comme au-delà
insaisissable mais ontologique, irrationnel mais prié de se
livrer corps et âme à l'union fatale dans cette
transfiguration du temps en corps, de la mort en vie. L'art y trace
ce petit chemin, là où se jette le corps, dans une
matière hétérogène, dans un enfantement,
dans un acte de création possible, pli dans un corps mortel,
pli du temps, là où la parole s'évanouit en
coulées aériennes, couleurs du temps présenté
dans un format, ce que plus tard le chevalet permettra au peintre
d'évacuer: le dire-lois. Là encore une production
tombera sous les coups de pinceaux du peintre, faisant remonter un
sujet clivé, pour y révéler cette part de
l'autre-soi, partie jouée dans la perspective, découverte
et réalité tridimensionnelle du paysage devenu
intérieur, devenu à son tour une chose douloureuse:
l'âme ou
l'intériorité-extériorité de l'être
et son dessein. L'âmélêtre, nœud de la fin du divin, sera la condition inéluctable d'un
retournement du fort intérieur au profit de la sexation.Un retournement à cent
quatre-vingt degrés du corps dans une action du corps-peintre
au milieu de sa peinture. Sexes qui
vont renvoyer la représentation du sujet en représentation
de l'objet du désir, découpe dans la couleur, sens
caché du corps divisé, du corps dépossédé
de sa beauté, diversion du vivant. Révolution
qui à chaque temporalité, va casser le rythme de
production du temps présent, l'Objet, du
voir disparaît dans une matière avec sa figure: celle du
corps dessiné: le dessein du
corps représenté. Une production qui revoie alors à
ce corps dépossédé de son âme, de son
être, de sa consistance, et, de sa résurrection, sauf à
le peindre en coupes (transparence et lieux aux contours
dissemblables, on commence à rendre compte d'un œil
qui ne trouve jamais le contour sans une lecture de la personne, d'un
sujet seul, reconnaissant, et jouissant d'une vérité
impropre au dire de la lecture-écriture). Sans cesse une production
chasse sur les terres d'une autre production, sans remettre à
plat ce qui la détricote, c'est le nœud de la création,
paroles à reprendre, traduction d'un temps possédé
par le jeu incessant de subjectivités incongrues. L'impossible
renversement d'un dire déjà trop éloigné
pour être entendu. Là commence la partie du jeu
de la musique, qui peint
autrement une peinture qui musique.
Quel
bruissement léger devant soi, quel ordre des choses anime le
vent, lentement nous envahissant? Ronde des enfants sur l'asphalte,
juste le temps d'avant le déjeuner. Ils se donnent la main,
traversant la grande étendue noire, encore chaude sous leurs
pieds chaussés de petits escarpins. La journée est
étouffante, le vent réchauffant encore plus l'air, et
ça dure depuis plusieurs jours. Quel été, quelle
étrange atmosphère, le ciel est lourd, de grands nuages
épais avancent au loin, comme pour envahir et avaler le ciel
trop clair pour résister. Nous étions une bande de
copains, un jour sans la classe, peut-être le début des
vacances. Les parents nous avaient permis de jouer dehors. a petite
place du village était goudronnée, autour, quelques
voiture garées, nous permettaient de jouer à cache
cache selon que notre imagination le permettait, ou que l'un d'entre
nous en eut l'idée magistrale. Et les jours passaient dans la
plus grande insouciance, nos vies valaient plus que tout au monde.
Les adultes devenaient de simples soldats, ou poupées de
chiffon, ou encore des hybrides moitié humains et moitié
animaux, un peu pour nous faire peur. Nous devions rentrer
soudainement, comme nous inventions des jeux, pour passer le temps,
pour faire les grands, pour faire semblant, jusqu'à
l'épuisement de notre enfance, recul du temps, saisons de
notre mémoire? On n'imagine pas ce que le passé peut
laisser comme trace dans la mémoire, on entre là dans
un tricotage, on fait une pelote, juste pour conforter un présent
pris dans une spirale; vérité? invention? composition
entre ce présent et ces remontées? On tend vers
l'absurdité de la vie quand on recompose. L'innocence vient se
mêler à l'imprudence, pour, dans un méli-mélo,
exposer un photo-montage, un collage, de ce passé-présent
inconséquent et improbable dans le temps qui défile, le
temps des autres, un autre temps? Si l'enfance permet une foule de
souvenirs tous plus intriqués les uns les autres, c'est pour
autant impropre de parler de souvenirs, nous devrions parler plutôt
de lecture, et d'inventaire pour inventer une langue à venir,
Traquenard de la langue dans un éternel recommencement.
Posture insoutenable de l'enfant face aux ivresses insignifiantes
mais faisant loi de la langue qui tombe sur ce soi pour l'asseoir
dans l'inéluctable erreur de la lecture d'une infinitude de
l'existence, vers une enfance-offense de son lien social.
L'outre-tombe de la fiction de ce lieu commun qu'est l'enfance.