vendredi 20 octobre 2023

Pour un temps de la possession

 




 Pour un temps de la possession


Ici passe le sacré un temps absolu

telle règle inorganique pèle mêle

sur les motets de l’insubordination

là sonne l’ici bas l’entre deux divin

que la garde sonne l’absence enfin

tourné par les plaies d’un discours

usurpateur et concupiscent et étréci

sur le corps pleureur l’esprit refoulé

un automne assermenté quel vertige

on croirait le retour à l’animal bévue

jour d’une épuisante marche putain

le voile se referme sur l’exhortation

l’enflammée déesse le cœur en croix.



Thierry Texedre, le 20 octobre 2023.


Francisco de Goya

Saturne dévorant un de ses fils (1747-1823)









Kirstine Reiner et l’insensé

 























 Kirstine Reiner et l’insensé


La peinture, aujourd’hui, n’a-t-elle pas encore ce qui « résonne » en elle (Un peu comme l‘âme est quelque chose d’immatériel chez l’humain.), depuis cette polémique liée au raisonnement ? Sinon de s’en passer, travaille-t-elle maintenant sur ce qui lui fait défaut, l’intellection d’une parole à démontrer ? Le reflet d’une réalité tangible, controverse de l’âme désincarnée. L’urgence d’une telle peinture serait d’avaliser ce raisonnement en créant, depuis la peinture qui cherchera la représentation, un objet de désir, une sortie imaginaire pour trouer ce faux semblant de réel, par une certaine atomisation visuelle, pour permettre aux gens qui regardent en passant devant la toile, comme happés et sonnés, voir « sommés » par le tableau, d’organiser leur propre récit à défaut de pouvoir symboliser celui-ci.


L’artiste nous entraîne donc à soudainement postuler pour une approbation ou un rejet de cet étrange arrangement qui au premier abord semble insensé (petit retour d’une mémoire qui passe par Picasso). Kirstine Reiner Hansen plombe les références artistiques pour laisser le champ libre aux arrangements musicaux, aux rythmes à gérer de notre culture « axée sur les médias numériques » et l’inconditionnalité d’une dépense visuelle qui fragmente notre acuité visuelle, et par là notre jugement perdu dans une ressouvenance, une immémoration du réel. L’artiste travaille sa condition sociale et le conditionnement humain : « Référence visuelle, association d’éléments historiques de l’art, des peintures de la Renaissance aux modernistes dans des peintures de type collage le papier peint de Picasso pourrait servir de fond, un membre de Bouguereau est attaché à un modèle de Vogue. ». Notre lien au monde serait alors déformé, irreprésentable aujourd’hui, sauf à nous livrer en pleine face à un détournement conflictuel commun, tout en préjugeant d’une subjective association, de la turbulence d’un sens caché où l’intérêt requis d’un regard soudainement lié au réel, devant la toile obscurcie et lumineuse à la fois promet un dur combat des forces forme/couleur.


Kirstine Reiner Hansen domine son sujet en nous délivrant de ce subterfuge qui consiste à opposer l’abstraction et la figuration, polémique ici éteinte dans un champ « confondant », pour un temps perpétuel de la Reconnaissance l’identité, ici encore, démontrant l’inconfortable révélation d’une peinture qui détient le pouvoir insensé de signifier ce qui se dépose en nous d’insoutenable face au danger de « déviance » de délire qui nous caractérise et nous entraîne dans une réalité qui distend le rêve improprement appelé imaginaire !



Thierry Texedre, le 1 octobre 2023.


Kirstine Reiner Hansen

artiste peintre et vidéaste

née à Odense au Danemark

vit et travaille à Carmel en Californie aux États Unis













samedi 16 septembre 2023

Le corps psaume, le réel en déshérence


Et si le corps ne disait plus que la parole à trop en dire de ce corps défait par la vue qu'on en a.

On entre dans un tintamarre qui  désarticule la sourde dépendance,  l'entrelas, entre parole et chimères du temps saturé, pour faire gronder l'esprit. La parole contre ce corps qui se délite à mesure que celle-ci s'évanouit. Ça chante encore, l'esprit tiraillé et l'esprit chancelant, à cause de cette mise en mémoire du genre humain.

Tout ce que le genre humain proclame haut et fort sur sa capacité à reconnaître le vrai semble alors  caduque et voué à l'illusion, à l'illumination, à la croyance, parce que ce corps inique garde en lui l'impossible résolution de son dire.


La beauté n'a d'égale que la forme disloquée du réel. 

Le chant sinueux du réel songe en rêves irréels.

Si l'incertain résiste au réel c'est pour sonder l'inconcevable.

L'insituable c'est ce qui se passe quand du réel on sort.

La soudainneté est le seul idiôme qui sied à toute résolution de la mémoire, et c'est là, le réel qui commence à parler.

Si parler cause l'errance, la déshérence s'octroie le droit de montrer le réel, comme droit incompressible à parler depuis cette absence de réel.

Parler c'est déjà avoir une vision du réel.


Thierry Texedre, 

le 16 septembre 2023.


mercredi 9 août 2023

Absorpsion










 






Absorption


C’est l’asphalte de la déploration

le travers du con singulier s’ouvre

voilé par l’esprit libre de la peau

le sang démonté se sauve vulgaire

à cause du ventre trop chaud et ivre

ça saute dedans ça rugit en traînées

en risques obscènes les sens délivrés

le salaud croit qu’il est déjà trop tard

il ou elle glisse tout du long sur le lit

vertigineux de la fleur des âges nacrés

l’ourlet le fruit consenti de l’ingénue

si le sang monte la descente presse

pourquoi le temps conte des histoires

le corps tremble à cause de la chaude

la tête tousse là haut il pleut des larmes

l’évasion s’évanouit à cause du jour

depuis l’infiniment petit clou planté

pour distendre les nerfs de l’enfanté

dehors partout ça ronge et rumine

des phrases encéphales avant de partir

le coin de l’œil exacerbé devant le né

qui tient le nu pour un atomique cri

une singulière et inexplicable dérive

ça commence à rouler des pneus irrités

le couvent est en cloque dehors il prie

les chaînes de Dieu sonnent l’hallali

le printemps des étamines virtuoses

que la peau arrachée au temps dérive

rôde aux abords de la poésie déchirée

de la poésie qui colle aux mouches

le feu électrique imprime l’au-delà.



Thierry Texedre, le 9 août 2023.



 Christina Quarles (1985-) Chicago, Etats-Unis

"Pose ton amour sur moi"

acrylique sur toile

182,9 x 152,4 x 5,1 cm









dimanche 23 juillet 2023

Les plages de la peau

 






























Les plages de la peau

Si ce n’est par enchantement que se soutiennent une peinture et la peau, quoi d’autre tente cet enfoncement du visuel, sinon ce qui se marque d’une attirance ; une parole, celle, peut-être d’un non-dit. L’artiste se fourvoie contre l’obscur désenchantement de la représentation. Martha Edelheit semble reconnaître l’insaisissable occurrence qui sourdement s’émancipe dans ses peintures.

Si l’artiste féministe dans les années 1960 en abordant le désir féminin au plus près du corps, de la peau, dans un retournement spectaculaire du corps à la peau, et de la peau à la toile, on entrait alors dans cette symbiose corps-toile en invisibilisant l’essentiel du raisonnement pictural ; c’est à dire sa représentation en utilisant des objets de la vie d’une femme au foyer pour ouvrir l’acte de peindre au réel en le doublant, en l’étirant vers l’extérieur. L’artiste se sera ultérieurement mise en défaut pour recentrer ce sujet de l’emprise en peignant des corps tatoués jusqu’à l’illusion d’une imagerie impossible, d’un dessein sans coupure avec le temps. C’est le temps du tatouage qui se dépasse dans la « scarification » visuelle. L’origine de tout art ou l’origine de son sujet qui parle un temps qui n’est pas le sien, et c’est pour ça que ce destin est celui du dessin sur l’intériorité en prise avec le désir et le plaisir par la douleur, jeux sadomasochistes du corps qui cherche un autre « esprit » pour poser sa « croyance », son temps de vie. Et puis maintenant on en arrive au plus près d’une déviance du temps présent dans une grande représentation des êtres possédés par la mise en lumière de l’animalité condescendante des corps étalés pêle-mêle entouré d’animaux domestiqués. Quelle porte de sortie de l’être parlant autrement que par cette chair embaumant tout l’air d’une peinture recouverte et/ou à découvert d’une peau, le peint qui dévisage celle ou celui qui regardent l’imposture de leur paraître.

D u corps à la toile, de la toile à la peau, il n’y a qu’un pas à franchir. C’est là que s’impose et s’interpose Martha Edelheit quand elle fonde sa remise en question du désir de la femme dans une vision, des plages sans fin du désir inapproprié de chacun sur l’esprit vacant qui sort, sortilège oblige, du ventre de ce « tout social ».



Thierry Texedre, le 23 juillet 2023.

 

Martha Edelheit (1931-) artiste peintre née à New York, vit et travaille à Stockholm, Suède





mercredi 5 juillet 2023

On est entré en guerre contre une peinture qui ne vient pas









































                                    On est entré en guerre contre une peinture qui ne vient pas


Conservatoire de la brillante voix

l’ultime insidieuse et tonitruante

exaction de la parole qui entre seule

par les pores de la paroi atrophiée

partout où ces bruits courent et couvrent

l’indécence du corps dénoué en lueur

de celle qui s’ouvre au ventre de la vie

d’un vivant orifice entrain de se taire

à cause de la voix qui enfreint enferme

ce corps qu’un pleur désordonné tait

quelle guerre s’invite au repas du vrai

à trop découper en plaies le corps nu

et recouvert de ces paroles en trop

c’est l’antichambre de la douleur

de ces os recouverts de chants indécents

suivant une bataille hermaphrodite

de l’être séparé de l’âme envoûtée

à cause de la voix qui s’est séparée

pour s’identifier au train train verbale

le temps pressé par le verbe s’enfle

se contracte s’éternise à l’infini

pour que respire cette croyance

c’est le protocole d’une mémoire

le temps pressé voilà donc la dépression

la cause incessante du risque préparatoire

d’une peinture dessin en taches électriques

contusions d’un dire divinatoire de l’autre

qui touche à la perspective avant l’heure

en vrac un sac en porte à faux trop lourd

à porter s’ouvre pour laisser voir le monde

sombre qui reste dans l’oubli figé fiché

au fond sans qu’on sache ce qui s’y trame

c’est qu’on cause de ce qui s’y trouve

sans savoir de cet objet quelque autre chose

la chose n’est pas l’objet mais sa possession

la peinture est cette chose qui veut en finir

avec la guerre contre une peinture

qui ne vient pas à trop causer du monde

le monde d’une déchirure de la chair

poussée à jouir de l’objet d’une possession

de la mémoire naissante du lieu de la peinture

dure réalité de la guerre ignominieuse

du désir caressant de la paix qui tourne

ce réel en dérision pour démonter

ce lien cette voix cachée du temps

qui met en scène la vie d’une peinture

celle-ci se retourne immanquablement

en vertiges ourlets qu volent la peau

la torturent jusqu’au vieillissement

jusqu’au silence mortel d’une voie

saisissante qui se couche altérée

la chair creuse ces sillons immuables

d’une guerre qui infeste la peinture

si la peinture ne vient pas c’est qu’elle voit

venir sa raison d’être qui ment son destin

et l’animal en touche revient faire parler

de cette peinture en ostentation

en suspension du rêve qui vient lui

en une constante détention verbale

au plus près de cette divination passée

animal qui pose le problème d’un lieu

celui qu’une peinture ne cesse

d’ensemencer d’une descente aux enfers

la parole s’y plaît à coudre la peinture.





Thierry Texedre, le 3 juin 2023.



Tessa Mars (1985-)

artiste plastitienne Haïtienne

vit et travaille à Port-au-Prince






 

samedi 1 juillet 2023

Le consentement à la conscience

 












































De l’obscur mécontentement ou le consentement à la conscience.


Entrer en hypostase, voilà le grand démiurge en action ou de la quintessence obligeant à revenir sur ce que toute religion tentera de camoufler, soit de l’indistinction entre animal et humain. Ce mécontentement n’aura de résolution qu’à la période post-industrielle où l’humain commencera à faire souffrir ce corps en reconnaissant à la folie cet état de droit précédant en cela l’audace Freudienne, juste le temps pour un certain Gustave Jung d’y voir l’entourloupe qu’un sujet isolé n’aura de cesse d’extraire de son inconscient. L’obscur désenchantement de la conscience. Ce serait tel qu’une religion porte l’esprit, tel qu’une spiritualité observera que le souffle marque une dépression verte parce que l’animalité retentissante d’une souffrance subjective n’aurait alors de sens qu’à découvrir, qu’à s’ouvrir à un inconscient collectif plus proche du vivant pour subvertir l’obscène désenchantement de la conscience.

Lucie Kerouedan donne à voir en peinture ce que la vie, le vivant, rencontre de différence entre l’animal/l’humain et le végétal/le minéral. Non sans chercher ce qui complexifie le contexte contemporain quand on a affaire à la solastalgie ; s’il y va de la détresse existentielle ou psychique face aux changements climatiques ou s’initie une certaine « descente » de l’esprit, sa petite mort annoncée. Lucie kerouedan dans une mélodie ascendante, propose une montée de l’esprit, l’anabase d’une spiritualité. Si la peinture montre ces figures dans une lutte incessante, c’est pour mieux insister sur la représentation qu’une conscience produit quand le rêve s’y adjoint. L’humain et sa résilience escamotant tout son consentement à la conscience. Peindre serait alors une empoignade avec le mal pour convaincre l’animal qui l’enferme, de l’entraîner dans ces dérives de la conscience usurpatrice.

L’âme éclairante, le souffle, resterait en suspension telle une vie en devenir sur laquelle Lucie Kerouedan travaille dans sa peinture, traversant ainsi le mirage obsédant du visuel. On rencontre par hasard peut-être Lucian Freud au détour de l’histoire, depuis notre vue aléatoire de la peinture.



Thierry Texedre, le 22 juin 2023.


Lucie Kerouedan (1990-)

artiste peintre française

née à Rennes, France

vit en Bretagne, France  








D'une impossible illusion dans le tableau



































 D’une impossible illusion dans le tableau


Dans un monde où se soulèvent tant de rêves, illusions qui montrent le chemin de la détermination à vivre, il en est une qui semble ne pas prendre le même chemin. Et si la peinture parlait de ce qui n’est pas possible ? La mort, y tient-elle cette partie prise où la vie n’aurait d’autre choix que de montrer cette impossible illusion qui la circonstancie, la rencontre dans un étalement pictural ? Gabrielle Boyd nous émeut ici, pour ses prises de bec avec la mort, pour dissuader que de peindre peut faire sens quand la peinture se reconnecte avec le vivant. Boyd a d’abord illustré magistralement les rêves décrits par Sigmund Freud dans un ouvrage sur l’interprétation des rêves. Ce fut là le départ pour un long voyage entre le réel et ces configurations propres aux rêves, qu’ils soient ceux nocturnes ou diurnes par la suite. On remarque déjà ces titres choisis pour s’initier à la peinture : « Une femme avec un enfant qui a un crâne difforme. » , « J’ai uriné sur le banc ; un long jet d’urine rince tout ! ». Par la suite L’artiste recherchant toujours l’inconfort dans son travail, nous offrira des peintures aux formes structurées de sujets portant attention et désintérêt dans la même composition qui est souvent entrecoupée par des formes géométriques des croix, barres, qui marque une certaine distanciation avec les sujets représentés ; et où l’on a de moins en moins le pouvoir d’y voir certaines connexions entre eux. « Ces relations sont pourtant magnifiées parce qu’elles ne peuvent être séparées d’y voir la chair, l’esprit qui les organise, et l’espace qui les contient. » Les titres des tableaux ont un lointain usage avec leur finalité. N’y voit-on pas par là, un certain aspect et un usage de la perspective Euclidienne transposée à l’époque contemporaine ? Projections qui posent la question des couleurs évanescentes chez Gabrielle Boyd, où ses choix contribuent à entrer dans un « désir » invisibilisé dans notre réel, et montrer qu’il devient possible d’y lire la désillusion à désirer cette illusion, car l’artiste ici, montre bien le possible, notre possible à voir entre ces illusions qui fractionnent ses peintures.




Thierry Texedre, le 15 juin 2023.



Gabrielle Boyd

artiste peintre et illustratrice anglaise

née à Glasgow

vit et travaille à Londres, Royaume-Uni


 






La peinture et le refus

 


























 La peinture et le refus


L’horizon n’est là que pour montrer de la peinture qu’une infime possibilité du présent. L’artiste pousse l’horizon comme si le sujet allait refuser ce qui se trame aujourd’hui d’un futur en train de se montrer déjà sur la toile. La ligne d’horizon est souvent présente dans les peintures de Didier Richter.


Ces figures visibles sur le devant de la toile sont brouillées, comme désarticulées, ressemblant à des corps morcelés et peints ; telle une bande dessinée où les paroles vous sont transmises dans un minimum de lecture par les titres des expositions et ceux de chacune des peintures. « L’artiste peint d’abord les champs de couleur avant de tracer la composition, permettant à son utilisation dirigée de la couleur de structurer l’œuvre, plutôt que la ligne. » Les aplats sont ce qui permet à l’artiste de passer d’un monde à l’autre, celui d’une figuration dans l’histoire à une abstraction de la réversion. Là encore on n’en reste pas aux figures sinon, qu’il faut leur permettre d’endiguer l’abstraction trop encline à finaliser un travail sur la propre humanité.

Daniel Richter n’en peut plus. Il voit cette folie devant lui se dessiner. De ces figures qui ressortent et qui semblent tomber sous le sens. On croirait « les demoiselles d’Avignon », mais découpées, hachées, multipliant des désaccords et des déchéances humaines, des coupures à la Matisse par la couleur vive des scènes. À ce jeu là aucun corps n’y résiste. L’attraction en est à son comble. Elle est telle que notre regard en prend plein les mirettes ; c’est comme des coups donnés à la boxe. Oui, le peintre boxe. Oui, la peinture est en plein dans le match. Le jeu, en vaut-il la chandelle. Le peintre nous envoie des déferlantes de formes et de couleurs qui se lient alors par des superpositions de l’une par l’autre sur la toile. Alors même qu’on voit entre les coups quelque chose qui nous interpelle. Quelque chose qui nous figure la paix un court instant. La mémoire, nous joue-t-elle des tours ? On voit de toutes les couleurs comme on dit, c’est avant le chaos, la fin. On passe alors notre chemin espérant un regard plus enclin à l’apaisement. On le retrouve pourtant sur chaque peinture, sur la beauté et le ressenti qu’elle nous procure malgré cette contamination interne, ce refus délibéré d’accepter l’entièreté de la peinture. On se ressaisit pour essayer de remonter le fil du temps. La peinture passe son temps elle, à nous battre en brèche, elle nous devance. Il semblerait que Daniel Richter ait gagné la partie. C’est une histoire de trauma. Si les couleurs vives traversent et imprègnent notre intime conviction qu’il s’agit d’une peinture de l’intériorité, d’un parcours intérieur qui nous taraude ; de le voir, sur ces peintures en plages flottantes, nous nous empêchons de garder une certaine conscience de la plainte.


Daniel Richter intervient par sa peinture, sur notre fonctionnement vital, notre marche vers quelque chose de l’indiscrétion, tel un contrôle de l’hystérique parlant qui s’effondre à ne pas voir ce qui se trame de la peinture.


« La peinture ne naît pas que d’une incidence, mais elle meurt sans incidence. »




Thierry Texedre, le 6 juin 2023.



Daniel Richter (1962-)

artiste peintre allemand basé à Berlin











samedi 27 mai 2023

Une peinture en plages naissantes


































 Une peinture en plages naissantes


« Il faut y aller, c’est ça qui compte dans le paysage. »


Donner à voir ce qui court dehors.

Mais pas du dehors de cet intérieur qui a fait naître la peinture, puis l’écriture, et aujourd’hui cette symbiose du bloc [esprit/corps/information] dont on ne sait plus dans ce magma, quel en est l’origine ou la copie du temps abscons. Alors, quel est ce dehors imperturbable et innommable pour et par lequel on tente une insoutenable représentation. Voilà le voile qui se lève un peu sur ce dehors imposant sa grande indépendance ; agacement de celui qui croit le tenir, l’exprimer, le fixer.

Je parlais de paysage plus haut, dans l’intention de présenter ce déplacement qui nous oblige. Et c’est pour ça que du point de vue du peintre ce manque de temps l’amène à rencontrer ce que nous nommerons paysage/extérieur, ce double et unaire comme contradiction et pause, afin de renverser l’ordre symbolique qu’une vision a eu d’opérer, dans l’histoire, notre dimension attentatoire à l’anamnèse de la mémoire humaine ; ce qu’un corps a de rencontrer « ce qui se voit ».

Idris Murphy semble s’arrêter prudemment sur la couleur où des pigments métalliques viennent s’interposer ou se juxtaposer à l’acrylique pour refléter une brillance rappelant le sable. Les peintures montrent des collages qui rendent lisible une perspective qui va travailler le réel et le rêve comme liens indissolubles. L’huile est aussi utilisé coùmme médium. C’est aussi une combinaison entre terre et lumière. L’artiste travaille aussi beaucoup sur carton. Dans cette spatialisation, l’artiste fait apparaître/disparaître le temps, ce qu’une mémoire enregistre à travers cette vue de l’insoupçonnable « désir » d’en découdre avec ce que l’œil ne voit pas encore. A trop y voir, aveuglé par d’autres mémoires-histoires. Les plages colorées impriment une rivalité entre formes aléatoires et aplats redondants rappelant l’origine des paysages australiens. Une impression qui tombe sur l’ombre d’un regard débordé par ce qui colle au centre : l’image « inaudible » d’un jour illuminé. Voilà ce qui tente de faire trembler ce manque d’eau devant nous. L’image inappropriée du « désert mental ». Toujours là pour pousser l’esprit dans les méandres d’une métamorphose du temps en plaisir. L’artiste ici a tout compris des artistes autochtones qui cartographiaient avec constance en points juxtaposés la terre lumineuse et métallique du continent. Pourtant, en contrepoint, on rencontre des zones découpées d’une nature verdoyante. Une certaine respiration du visuel. Mais l’enfer tient bon. Il avance lentement, comme partout, asséchant ces paradis encore présents pour un temps. C’est le temps d’un enfermement qui nous ment, nous entraînant dans d’insoutenables et d’invraisemblables excursions ; dans le feu d’un désir voué au « même ». C’est l’identique poussée dans les errances d’une spatialité qui croit encore au paysage du dépaysement. S’il conjure l’angoisse du désespoir, le voilà alors qui se manifeste d’une indicible impression. Idris Murphy épuise Matisse dans son extériorité, comme si la couleur faisait écran à une commémoration du temps dépassé. Le dépassement de Matisse donne à descendre, à s’accroupir, pour aller chercher la terre, la sentir, la conjurer aussi. Et ce qu’il en reste de la couleur est plus vraisemblable qu’une harmonie des couleurs surexposées. On y voit toujours un environnement naturel partiellement effacé jusqu’à l’abstraction, aux portes de l’abstraction. Ce cortège environnemental se « dénature » jusqu’aux aplats d’une peinture (une nature) à naître.

La peinture est en plaques, de ces blocs qui font craquer la mise en station de la matière, pour la labourer en profondeur, lui faire faire un retournement, le format de la toile y est pour quelque chose, on peut encore peindre pour décider s’il faut y aller, pour voir, seulement voir, ça veut dire : la maladie peut nous surprendre à n’importe quel moment, les plaisirs de la vie aussi, et la beauté de même. La peinture traverse ces états. Peindre enveloppe ce lieu indicible dont on sent pourtant la présence à effleurer la toile à un moment, caresse de la peau, jeu avec ces frottis ces enfflements de formes naissantes le regard penché sur le devant de la scène. La peinture commence à musiquer alors. On écoute sans le regard et on regarde sans l’audition, celle-ci vous lance dans d’innommables méandres la pensée au plus haut point servile. La création se fait partage et communion. Ça commence à parler une autre langue. On se promène déjà. On a inventé la présence. La peinture ici, permet la présence. C’est pour ça qu’il y a des substituts, des choses dont on ne voudrait pas encore l’apparition. L’artiste reconnaît alors des végétaux, formes hybrides aussi. La peinture nous repositionne ailleurs. Elle est peut-être un peu tortionnaire. Un voile vient démonter notre savoir, envoûter notre détermination à absoudre ce qui ressemble à de la figuration. Ce serait une sorte de deuil finalement. Mais la peinture d’Idris Murphy est une belle naissance. Une plage sans cesse de l’irrésolution verbale face au monde insaisissable de la multidimensionnalité. On invoque beaucoup « le jour » pour montrer un paysage, passage de la non vue à cette vue de trop. C’est comme regarder le soleil en face. On est aveuglé. On s’impose comme recours l’extension latérale, la vision de biais et périphérique. Pourtant, il y a « la nuit » qui continue à exercer sa saisie, sa présence, ses ombres, comme isomorphie. Ce qui pousse le peint à entamer une diversion vers ces plages lumineuses du jour coloré. De cette intériorité de maltraitance va « naître » le tableau qu’aucun rêve n’aura de cesse d’abscondre et qui raconte une histoire de la peinture. Mr Murphy en impose avec ses grands formats !



Thierry Texedre, le 2 mai 2023.  






dimanche 7 mai 2023

Les paysages d'un délit












































 Les paysages d'un délit


sur les peintures d’Anne Johnstone (1957-)

vit et travaille à Lexington, Massachusetts


C’est un corps du déni. L’image s’en suit, comme si elle incarnait, et saupoudrait quelque chose d’inapproprié, d’inhabituel. Le désir s’émeut. Le déni use d’une interpellation pour soustraire de l’image ce qu’elle évite, ce qu’elle n’a de cesse d’absoudre, de résoudre aussi ; comme si l’image était en trop en somme.


Là est le nœud impressionnant de ce qui semble se « dessiner » depuis la peinture, devant nous, en trop, ou pas assez, du subterfuge qui risque de nous faire basculer, de nous faire passer à côté du regard, de l’attention d’une ontologie du débordement d’un réel pris dans le temps sociétal. De ce qui se risque d’une démesure du visuel qui opère un va-et-vient depuis la figuration barrée vers une usurpation rétinienne de la mémoire qui use d’une abstraction comme économie et dévoilement du sujet. On rencontre alors une certaine cadence dans l’information visuelle. Tout porte à croire que la peinture se comporte comme un sismographe enregistrant les secousses cérébrales du moment « en pause » devant la peinture. Il y a une certaine condescendance envers l’œil alors que cette peinture commence à déterminer une réaction insurrectionnelle avec le regard.

La magie opère. On a le temps.


Le temps, c’est là le principal opérateur de la peinture.

Sa ressource, et sa discrétion aussi. On peut s’asseoir devant le tableau, ou marcher, passer revenir et voir.

Si ça parle de peinture, c’est devant, bien évidemment.

Et la forme, la matière, l’impression, le ressenti ?

Ce sont des actions qui commémorent, rien de plus.

Le mystère, serait-il de la partie ?

Le mystère, c’est un brouillage ; un code pour obscurcir tout simplement.


Il y a des pieds [ça marche pour nous ! Et c’est bon pour la peinture !], des animaux, des sexes tels des toits de maisons implantés au milieu de nulle part, des ombres humaines, des fleurs sans nom, des tâches, des signes des giclées, des griffures, des lignes, des tracés et repentis…


Voilà ces formats ni trop grands ni trop petits, petits par leur géolocalisation, mais grands par leur intentionnalité, leur programmatique. Ils en disent long sur la vie. Fut-elle intérieure, ou extérieure, autre ? On entre dans un état de surabondance intellectuelle. Le peintre nous y invite dans l’indécidable, dans l’insituable.

Et la peinture me direz-vous ?


Libre à vous d’en décider autrement. Si l’eau coule de source ; la peinture nous entraîne dans les méandres où la couleur a recours à l’imaginaire comme vecteur irrésolu d’une théorie des couleurs. Ici, c’est sans doute le cas. L’artiste, femme discrète, nous promet une opération à risques. Anne Johnstone entre dans l’immense réquisition à notre portée de la couleur. S’il y a de l’harmonie, c’est bien par notre œil qu’elle se fait nouvellement. La distant de notre œil à la théorie des couleurs est telle qu’une harmonie ne devient possible qu’à évaluer cet écart par l’intelligible déplacement de l’œil face à la peinture à décoder, à rechercher. Il y va de l’harmonie parce qu’il y a recherche et déplacement.

Par ces vibrantes occurrences qui courent tout autour de la toile, promontoire à d’innommables destins dont notre mémoire n’a de cesse d’encarter la visibilité, la peinture donne naissance au risque d’une incompatible reconnaissance avec l’histoire en cours.



Thierry Texedre, le 7 mai 2023.









vendredi 7 avril 2023

Le ventre vautré

 






Le ventre vautré


Pèle mêle retrouvé

quand se retourne

l’entrée et sortie

du temps sorti

du coup de la bouche

touchée par les arcanes

insoutenables du goût

ventre à terre j’aime

trop ces tonalités

les déjections inondant

le sol nous abreuvent

de leurs gonflements

quelle naissance

aux pleurs esseulés

quelle poussée et

de leurs pets notoires

à rebours enfermés

dans l’appendice

révocatoire du piège

se referme alors

le plaisir inassouvi

de la réciprocité

ô ventre vautré !



Thierry Texedre, le 7 avril 2023.



Sandra Vasquez de la Horra

 dessinatrice et vidéaste chilienne

La Transformacion de una Sirena, 2011

graphite sur papier, ciré, 70 x 50 cm.