dimanche 7 mai 2023

Les paysages d'un délit












































 Les paysages d'un délit


sur les peintures d’Anne Johnstone (1957-)

vit et travaille à Lexington, Massachusetts


C’est un corps du déni. L’image s’en suit, comme si elle incarnait, et saupoudrait quelque chose d’inapproprié, d’inhabituel. Le désir s’émeut. Le déni use d’une interpellation pour soustraire de l’image ce qu’elle évite, ce qu’elle n’a de cesse d’absoudre, de résoudre aussi ; comme si l’image était en trop en somme.


Là est le nœud impressionnant de ce qui semble se « dessiner » depuis la peinture, devant nous, en trop, ou pas assez, du subterfuge qui risque de nous faire basculer, de nous faire passer à côté du regard, de l’attention d’une ontologie du débordement d’un réel pris dans le temps sociétal. De ce qui se risque d’une démesure du visuel qui opère un va-et-vient depuis la figuration barrée vers une usurpation rétinienne de la mémoire qui use d’une abstraction comme économie et dévoilement du sujet. On rencontre alors une certaine cadence dans l’information visuelle. Tout porte à croire que la peinture se comporte comme un sismographe enregistrant les secousses cérébrales du moment « en pause » devant la peinture. Il y a une certaine condescendance envers l’œil alors que cette peinture commence à déterminer une réaction insurrectionnelle avec le regard.

La magie opère. On a le temps.


Le temps, c’est là le principal opérateur de la peinture.

Sa ressource, et sa discrétion aussi. On peut s’asseoir devant le tableau, ou marcher, passer revenir et voir.

Si ça parle de peinture, c’est devant, bien évidemment.

Et la forme, la matière, l’impression, le ressenti ?

Ce sont des actions qui commémorent, rien de plus.

Le mystère, serait-il de la partie ?

Le mystère, c’est un brouillage ; un code pour obscurcir tout simplement.


Il y a des pieds [ça marche pour nous ! Et c’est bon pour la peinture !], des animaux, des sexes tels des toits de maisons implantés au milieu de nulle part, des ombres humaines, des fleurs sans nom, des tâches, des signes des giclées, des griffures, des lignes, des tracés et repentis…


Voilà ces formats ni trop grands ni trop petits, petits par leur géolocalisation, mais grands par leur intentionnalité, leur programmatique. Ils en disent long sur la vie. Fut-elle intérieure, ou extérieure, autre ? On entre dans un état de surabondance intellectuelle. Le peintre nous y invite dans l’indécidable, dans l’insituable.

Et la peinture me direz-vous ?


Libre à vous d’en décider autrement. Si l’eau coule de source ; la peinture nous entraîne dans les méandres où la couleur a recours à l’imaginaire comme vecteur irrésolu d’une théorie des couleurs. Ici, c’est sans doute le cas. L’artiste, femme discrète, nous promet une opération à risques. Anne Johnstone entre dans l’immense réquisition à notre portée de la couleur. S’il y a de l’harmonie, c’est bien par notre œil qu’elle se fait nouvellement. La distant de notre œil à la théorie des couleurs est telle qu’une harmonie ne devient possible qu’à évaluer cet écart par l’intelligible déplacement de l’œil face à la peinture à décoder, à rechercher. Il y va de l’harmonie parce qu’il y a recherche et déplacement.

Par ces vibrantes occurrences qui courent tout autour de la toile, promontoire à d’innommables destins dont notre mémoire n’a de cesse d’encarter la visibilité, la peinture donne naissance au risque d’une incompatible reconnaissance avec l’histoire en cours.



Thierry Texedre, le 7 mai 2023.









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