mercredi 7 juillet 2021

Croisements

 






















Qu'en est-il d'une surabondance de peau, de corps intervertis et interminables, pliés dépecés et troués, corporéité du dedans sans cesse repris en croisements, en délires d'une délivrance sans fin ? Sortilège d'une contemporaine incantation verbale qui s'enfourne se contente d'une douce peinture acerbe et musculaire. Tête qui mange un pieds pour se jouer de l'intemporalité du monde mental de l'humain dans un perpétuel mensonge du corps qui parle la langue d'une possession.



Croisements


Béatitude de la délivrance

songe du dépassement

trou vertigineux sortilège

du doute désaffection

le temps passe en prose

seulement pour parler

une indéchiffrable lueur.


Site en station trouée

corps désabusé du réel

la frappe le clou l'envers

voilà la plainte qui sort

se risquant à d'autres

réalités qui enfournent

la verticalité du mensonge.


L'interdit touche à sa fin

une musique tremble

en ouverture en immersion

des blocs se soumettent

sans parodie un choc

tonne pour casser les ondes

on trace on court on va vite.


Une dispersion un soubresaut

un sang coule en hommage

épuisant le souffle opaque

dressé depuis ce jeu joué

d'un fragment de biosphère

pour avoir tenté d'effacer

finir par séparer le temps.


Sonde irisée du corps

qui touche tombé en lisière

la plaie béante d'un ciel

verbal incandescent

la cour reste vide lueur

infernale de l'esprit lâche

et entrain de se délivrer.


Couver le sol est couvert

de ces sanguinolentes

aspersions sillonnant

l'usure spirituelle l'attention

portée à la déportation

finir par trouer le corps

maudit à trop le renverser.


Vers cet enfer qui ment

raccourci du temps

sur l'invention du corps

écartelé en éclatements

successifs fraude

de la terre qui expulse

pour avoir connu l'homme.


Thierry Texedre, le 2 juillet 2021.

sur Fragments pour un portrait de Philippe Manoury









lundi 21 juin 2021

















Où se cache l'être ?


Gisant devant l'amalgame

l'astre qui tourne

retourne le tourment

jusqu'à l'épuisement

de la matière le souffle

révulsé du temps

dépassé défait déformé

l’œil en traitement

plonge sa rive

sa perspective

dans des évasions

où se reformulent

les encombrements

d'une matière tubercule

plongée en hyperbole

des formes vite rêvées

pour se rétracter chasse

de la vie qui sort

fulmine depuis la fin

en un gaz incantatoire

où se cache l'être

expiration du temps

dépourvu et oublié

quelques pets

s'organisent en bulles

éclatantes l'instant

du regard fuyant

on passe d'un enfer

à une pluie la couche

surannée d'un toxique

état d'infestation

en jus les couleurs

tremblent ramassées

puis sortent du champs

pour s'exhaler ailleurs

autre peinture

autre dispersion

le désir de marcher

devant puis de côté

pour chercher la voir

cette figure rétinienne

qui vous gicle aux yeux

tel un sperme béât

qui rencontre devant

cette impression

ce sursaut qui jouit

déjà de posséder

avant tout le monde

l'être ce sacré

vite vidé de sa lueur

dans d'autres histoires

l'incommensurable

histoire de la peinture

violant l'art

de l'image

à cause de cette fin

qui nous fait entrer

en possession

la foutaise de posséder

le corps primordial

cette giclée ramassée

qui balaye tout pouvoir

de mise en forme

puisque le pouvoir

est l'informe même

de toute existence

animale le pouvoir

explose toute vie

jusqu'à ce magma

qui ultime résiste

pour jeter le discrédit

sur la jouissance

qui pleure puisque

la mort enfin

montre les couleurs

la beauté visible

de l'irreprésentable

le biomorphique

de l'incandescence

l'ecstasy de l'oral

le lit de l'oubli.



Thierry Texedre, le 21 juin 2021.

peintures de Dale Frank (1959-)






 

vendredi 18 juin 2021

Un parc extraordinaire

 

















Un parc extraordinaire



D'une peinture qui ne serait ni abstraite ni figurative, voilà bien une vulnérabilité mentale dont on sait maintenant que figure et médium sont ce qui fait la densité picturale pour un monde recréé, un monde où matière et imaginaire sont les tenants et les aboutissants d'une peinture sans fin ni début. Au début était le verbe, d'une vulnérabilité de la parole face au paysage qu'il soit imaginaire ou tangible, vraisemblable ou réel. Ici, on entre en concession. Une lutte a lieu. Un pouvoir s’esclaffe. Et pourtant, point de parole à ce sujet. La peinture parle d'elle-même, on s'en doute, notre discours n'a de cesse d'interroger ces mondes sans fin compromis avec l'irréel. De grandes lumières s'adonnent avec majesté au risque des profondeurs, au danger de l'inconnaissable vertigineux. La peinture s'écoute aussi dans l'organique effusion de l’œil éclatant, de l’œil effaré devant l'huile qui brille. Ce qui s'invente chez Élisabeth Sandillon, c'est une lutte contre les démons insupportés de l'existence qui montre ces monstruosités comme des merveilles à la lisière du concret, là où notre imaginaire reconnaît ce quelque chose d'extérieur, en songe, loin du sommeil sombre de la vie commune. Nous en sortons émus de nous reconnaître, dans cette introspection soudaine, la visite d'un parc extraordinaire.





Thierry Texedre, le 17 juin 2021.


peintures de Élisabeth Sandillon (1962-)

artiste peintre française

vit et travaille à Cercy-la-Tour







jeudi 10 juin 2021

Sur cet affleurement du temps

 









 


Sur cet affleurement du temps


Point de la lecture qui frôle l'aphasie, l'âme en ressortirait commotionnée, l'esprit retors se montre hostile à l'empressement, au risque de ne plus avoir à penser. Le temps se presse comme pour s'emmêler, se déliter, au fur et à mesure l'esprit sombre dans une représentation. Y a-t-il quelque chose qui danse dans un corps qui transparaît à une vélocité, à l'esprit ; entièreté d'une implication de ce qui pense dans sa mise en tension, sa liturgie, son non-sens à penser parce qu'un corps ne pense qu'à violer sa matière, la chaire. Sur un point nodale, une nomination, une reproductibilité de l'esprit en matière pensante, un corps commence son délitement ; passage vers une parole, un acte sémantique qui se divise, se distingue, s'amenuise à mesure que le sens prend l'espace comme l'irruption d'un corps absent. Que reste-t-il à ce corps pour devenir un sujet divisé, un sujet de la parole ? Autrement dit la chose qui la sorte de sa finitude à penser par la parole, par un acte délibéré de montrer ce qu'un sens a à être véridique pour la pensée ? Il parle pour espacer la fin, la mort, la finitude et sa reconnaissance infinie dans le présent, mémoire qui pose une réelle opposition avec la vie dans une temporalité générale de tout corps. Il parle et offre au monde quelques sorties de cette mise à mort d'un jeu entre mémoire et manque. Il y a une sortie dans un affleurement, une caresse contre le temps, une dépense contre cet acquis, ce sas mnésique, le chantage d'une mémoire à rebours, le risque d'oublier à trop retenir un cours (souffle court) la ligne brisée d'une mémoire sans fond. Cet affleurement est lié au temps, puisqu'il parle au temps, à ce qui vit, à ce corps qui caresse le temps dans une réversibilité de l'acte de penser, la chair luit de cette apparition, elle érotise pour la première fois, elle exerce un pouvoir de dépression, décharge organique qui rivalise avec la pensée qui parle ; le corps pose les fondements d'une dualité et osmose dans la contradiction même qui fait danser ce corps viral, un corps possédé.



Thierry Texedre, le 9 juin 2021.


peintures de Noura Djuric




dimanche 6 juin 2021

Le rien du désir














Le rien du désir


Sous les draps du désir

s'offre le regard caché

dans les abîmes invités

de la caresse indécente

suave et languissant

le corps retenu s'allonge

se replie se resserre se dresse

tenté par les mouvements

des mains dans l'entrejambe

douce indécence de la nuit

loin des esprits encombrés

une main dans le dos

comme pour partager

les zones érotiques

l'érection joue avec

quelques sons sortent

explosés et empruntés

au vide tout autour

un jeu incessant

semble se soustraire

au temps dépossédé

de cette nudité rencontre

de ce qui rêve l'intérieur

de cette chair renversante

jusqu'à l'orgasme imminent

en toute suffisance

en sortant goutté

par les odeurs du corps

évadé fuyant et lumineux

à l'arrière le lit

lentement tel un rideau

s’étale sur cette absence

au regard futur

vide et en plis

du ressenti des draps.


Thierry Texedre, le 6 juin 2021.



peinture Les Demoiselles d'Avignon (1907) de Pablo Picasso (1881-1973)





 

 

 

samedi 5 juin 2021

Du regard

























Du regard


C'est une insistance

le regard imprègne

le spectateur est dans

l'impossible confort

l'heure allonge son rituel

dans l'indifférence générale

c'est une orchestration

de nouveaux rituels

actions du drame

celui du sens

sacrements du réel

le réel plonge dans une danse

une exploration chamanique

l’œil surplombe tout enregistrement

l'enseignement trace son envers

dans un excès le peint baroque

c'est un chaos organique

un plan une relique un accident

voué à l'exacte destruction

la performance d'un désir

sans fin du même sans lieu.



Thierry Texedre, le 5 juin 2021.


compositions de Joris Van de Moortel (1983-)



 




 

jeudi 3 juin 2021

Le déluge, on ne sait pas

 


















Le déluge, on ne sait pas 

 

À l’aube ce soleil sorti du rouge

Rencontre l'oeil né du bleu fuyant 

Cette irruption chaude un temps 

Poursuite vers ce leurre la lumière 

Une plongée dans le feu et l’eau 

Peut-elle montrer le froid humain 

À mesure l’été sombre meurtrier 

Monstre immaculé l’envie dressée 

D'une mémoire qui saute l’ivresse 

Par la peur terre du pouvoir de l’air 

Tentation passée par tous les astres 

Les plages du désir s’offrent au lit 

De la mer océane qui quitte la rive 

Rivage austral du vent caressant 

Les peaux hybrides ventres démons 

Face aux pleurs de la pluie démontée 

Le soleil jaune touche la vue véridique 

Jusqu'où cet aveuglement éruptif  

Prend l’homme hauteur en marche 

De la plaie de la chair visitée à vif 

L'entièreté du dedans luit et s’étend 

Jusqu'au déluge au seuil de la mort 

On ne sait pas quand la mort sort 

Féroce animal au commencement 

Au début du temps qui lentement 

Plonge l’être dans la création divine 

L'être de la respiration controversée 

Annonce ce savoir sorti de nulle part 

En blocs humains coupés du monde. 

 

Thierry Texedre, le 2 juin 2021.  

 

 

 

 

peinture de Louis Cane

Le déluge I, A Paolo Uccello, 1982

huile sur toile 318 x 440 cm







lundi 31 mai 2021

Devenir-paysage

 












Devenir-paysage 

 

Son désir la résistance 

Dérive de cette géographie 

Langueur des paysages 

Glissement léger 

En surface de ces méconnaissances 

Assis devant un terrain trop droit 

Les yeux rivés en vie visitant 

L'air qui se creuse se plisse en pluie 

Me tire de ce sommeil en image 

Qui chemine en moi désireux 

Délivrant par cette réalité 

Les caresses de l’inconnaissable 

Marcher pour emplir ce moi 

D'un creux d’une béance 

C'est la cathédrale du monde 

Qui fuit l’image son devenir 

Jusqu'où une trace disparaît 

Jusqu'où je crache ce réel 

En cris glissant le long de mes pensées 

Au sol le paysage est démonté 

Entre mes mains le dessin me souvient. 

 

Thierry Texedre, le 31 mai 2021. 

peintures de Marjorie Méa (1975-)











mercredi 19 mai 2021

Les démons occultes




 

Les démons occultes 

 

Frôlant le reste du temps 

L'histoire larguée souffre 

En rituels illusoires en fuite 

Fourré dans un coin de la tête 

La mémoire s’en remet au lit 

Lentement de la surdité ôtée 

Du désir risqué de jouer à jouir 

Des saisons dépecées par l’animal 

Qui se noue avec l’horreur la peur 

La caduque l’immortelle descente 

De la mort comme miroir de l’image 

Encore incertaine vue de l’humanité 

Rétrécie à mesure que l’animal  

Chasse une apparition un espace 

Un esprit qu’aucun cadavre n’est 

Encore envoûté par la démesure 

Enfer que cet enfermement 

Dans l’immensité spatiale 

Du désert cosmique  

Qui montre au-dessus  

L'évasion pour oublier 

Ce feu insolent cette lueur 

Qui monte en nous chassée 

Par les démons occultes 

Elle danse la sorcellerie  

De la terre enfumée. 

 

Thierry Texedre, le 19 mai 2021. 


Le vol des Sorcières (1797) de Francisco de Goya






vendredi 14 mai 2021

L'esprit

 

























L'esprit


De l'épuisement éthéré

de la plaie et du sang

il se retire pour vivre

l'éternité sort l'évadé

partout où l'esprit luit

en priant l'enfer démon

de l'immanent le verbe

couché ô lit de la mort


Le drame occulté fuit

le long de ces ombres

tumultueuses une nuit

pour plaire et défaire

sur cet avant du temps

l'image qui s'imagine

rester en pieds à vie

c'est le destin du sang


Terres intérieures du

drame de la chair bue

pour emporter l'irréel

au plus loin du vertige

des maux en jeux de

la musique d'un cœur

brillent les yeux du

hasard sur ce feu doré


L'esprit par la suite

en parlant pour rien

sort ivre de cette fête

en dansant ponctuant

sue dans la fournaise

les plaisirs ensorcelés

d'un temps dépossédé

s'évanouit en tirades.


Thierry Texedre, le 13 mai 2021.



peintures de Bruno Perramant (1962-)









dimanche 2 mai 2021

Le corps mortel avant le peint du destin
























Le corps mortel avant le peint du destin


Incidence monstruosité de la figure peinte état de déliquescence du trait mouillé dans la couleur indisposée insoumise l'art de l'attrait s'émancipe à mesure que le peint s'effondre dans la vision la division de toute vision face au refus récalcitrante infirmité qui s'offre au regard de la sordide impulsion lumineuse faire le faire de la tentative d'élocution de la peinture qui manque son objet la parole l'interdit comme résolution de l'acte peint poussé à jouir à cause de la couleur qui tourne et retourne l’œil de l'ignorance verbale on entre en rémission quand le verbe s'émeut se sort du corps pour montrer la chair alors l’œil incidemment s'invite à forcer son aveuglement en exposant sa chair celle qui montre la monstrueuse hétérogénéité de ce corps quand dans une découpe de cette chair la couleur s'étend comme coulée qui peint la souffrance la mort qui arrive pour affirmer le jaillissement coloré enfin disposé dans un alignement du vrai et de l'infini entrain de renaître la peinture est alors soumise à ce dessin qui montre la couleur comme destin.



Thierry Texedre, le 2 mai 2021.


Le Greco, « La vision de Saint-Jean », 1608-1622




 

jeudi 29 avril 2021

À force de forcer la fin, on naît. 


Jean-Michel Basquiat, Riding with death, 1988 , acrylique et crayon sur toile, 249 x 289 cm


 À force de forcer la fin, on naît. 


Poussé par le désir inassouvi de la terreur, entrer, user, froisser, crier, tuer, voilà la seule liberté qui fait trembler le corps monstrueux et malentendant, le corps rétracté de la vie qui s’ouvre en apesanteur. Sombres rencontres de la peur qui s’invite aux lueurs de ces ténèbres ancestrales. Un corps délité semble se redressé, contre vents et marées, un corps pesant qui s’essaye à la mémoire, rencontrant cette chair surnaturelle, dépourvue de toute pensée encore. L’origine, voilà l’origine dévisageant ce qui reste d’une ancestralité qui plus tard deviendra la mise en demeure de cette mémoire en divisant divination de ce qui la travaille ; le lieu de l’inconscient qui travaille le corps détenant une mémoire. Pourrissement à mesure que cette mémoire s’expatrie, se débauche, s’enfuit ; la mémoire fait du temps sa doublure, extermination en maux intriqués au corps vers une fin, une temporalité qui songe. Un ciel bleu est apparu, le même que celui de Giotto, ce qui tend à remonter dans le temps pour y voir d’autres lumières colorées.

 

Thierry Texedre, le 27 mai 2021. 












Roberto Cuoghi, L'imitation du Christ 




samedi 10 avril 2021

Paroles et peintures

 


"Stelle Aperte", peinture de Sergio Padovani (1972-)


Paroles et peintures


De la parole à la conversation, comment la peinture s'y prend à montrer ce que la parole nie par l'écriture. Se consumant, cette parole tient lieu d'un discours à venir. Une peinture renonçant à tirer parti de ces lectures, dont la parole travaille sur le temps cette conversion en une écriture du désir convulsif de la figure peinte, semblerait pousser la représentation dans deux axes bien distincts, afin de digresser sur la parole, comme jeu dédramatisé de cette lecture peinte. Lecture en somme qui se concrétise en vision du même contre ce différent qui saute aux yeux quand la peinture se reflète dans l'endémique front d'une vue montrée en pensée d'un sujet conversant avec sa terreur du fragmentaire, terreur de la déconstruction du même en différent, et inversement dans l'insoutenable reconnaissance de la vision qui prend place comme doublure de la parole. Y a-t-il parole dans la peinture ? Ou ce rien de parole n'est-il que l’ersatz d'un peint qui ose illuminer ce que la parole n'a de cesse d'invectiver dans sa mise en écriture, récit d'une soumission du regard impossible.On entrerait dans une concomitance de temps entre la commémoration du sens entrain de se défaire du désir, et la tentation ; asséner à cette tentation du viol de la vue par la peinture, une sortie de la démonstration du jeu qui s'ordonne, s'adonne à comprendre, traduire, l'illisibilité de la parole face au peint enflammé dans cette double dérive du temps. Le temps est sécable. Décortiquer la peinture sur un temps court, pour extraire cet agglomérat qui semble sortir du discours intentionnel. Tout discours passe par cette peinture quantique, peinture qui referme la matière sur cet enfermement extrême de la parole usurpatrice du temps. Un choc vient s'interposer où la parole donne à lire un rejet de la lisibilité territoriale de tout texte, pour monter sur une peinture de la tentation. Choc du corps taraudé par sa mise en abîme de la chair, puisque la chose peinte est la chair de la chair, puisqu'elle est être, la peinture en acte, action de grâce, la chair ici, va « s'infinir », par un trop plein (celui de l'être) ; elle tremble, par la douleur du risque de représenter, usurpation de la parole sur ce regard qui en impose de ne pas comprendre. S'il y a du faire dans la peinture, c'est moins parce que peindre est un savoir faire qu'un état de surexposition aux charniers du temps de la dépossession contemporaine. Un ciel s'ouvre au risque de la mortalité des corps. Un ciel, celui d'une danse immémoriale de l'apparition du sacré dans l'immanente expulsion, explosion de la mémoire en visions. La peinture ment quand le corps puise sa mémoire dans les errances du temps court. La peinture n'est pas un double qui se laisse aller au regard de la douce jouissance. La peinture prend en écharpe le corps pour l'élever jusqu'à l'être, l'être est sa vision, la véritable consistance du peint. L'être est sans parole au moment de l'acte de peindre. Merci à Sergio Padovani peintre, en particulier pour «Stelle Aperte ». 

La peinture éclaire ce qui plus tard deviendra l'autre versant d'une pensée prise dans les tourments de l'enfermement oral. Par cet enfer, on craint de croire, croyance au risque de l'enfermement du peintre au format déformant de sa peinture. La grande incertitude qui en ressort est une contrainte de l'évanouissement du réel au profit d'un imaginaire qu'on croit toujours issu de l'irréalité. Un passage pourtant reste possible, promis aux grands bouleversements de la peinture tombant dans sa certitude avec l'abstraction en vigueur au début du XXe siècle. Le trou, anus, passage érotique d'une soudaine dérive du pictural montre l'automatisme d'une peinture au profil lentement réglé sur la jouissance du corps évacué en extases, rejets, scarifications du support évacué en une sorte de matériau sans âme, le trou sombre d'une tragédie qui déroule de plus en plus ses maux, mental du désert, assèchement d'une pensée montrant sa dépense sa désespérance à trop dénaturer l'être dans son pourrissement, le sens montré en sens inverse, non-sens illusoire d'une abstraction qui en impose par sa mise en demeure du vrai. De cette vraisemblance, naît l'incompris, le distant, l'incidence, vertige de quelques vestiges organiques, orgasme oblige pour se risquer à « parlêtre » (parler l'être/à paraître), monter sur l'étant, coït du délire d'une peinture démasquée ! ; la peinture du questionnement renaît. On entre dans cet espace du vide, l'infiniment grand se montre, l’œil s'illumine se risquant à l'aveuglement, on y voit ce quelque chose d'éternité qui vole au-dessus du mirage hétérogène de l'enfer. L'enfer, c'est l'envers de l'être. Il n'y a d'enterrement, cérémonial, que celui qui vous pousse à monter vers ces cieux, délices intemporels du bleu de la première couleur touchée par l’œil inquisiteur du nouveau né chez l'humain. Paradis vraisemblable qui augure à rendre grâce au verbe fait chair dans l'attente d'une réalité, celle d'un purgatoire du peint. La peinture s'entend par là comme interruption momentanée du temps dans sa mise en lumière de la pensée qui se dépossède à se montrer telle qu'elle est : monstruosité de ce réveil, vol insupporté de la voix encore onomatopée d'un sourire qui s'étend sur la toile pour démasquer l'affabulation du genre humain sur l'enfer de sa voix.


Thierry Texedre, le 10 avril 2021.







jeudi 11 mars 2021

Suite




Suite


Sous ces cieux autres et austères, mêlés à cette impertinence, pourquoi avancer sur un tel registre dont on craint l'altérité ; l'interdit, l'amalgame, l'entrée en une erratique indifférence, la grande incertitude du manque, l'apologie du beau que le temps ausculte, l'immortelle couleur qui manque au temps, une certitude, l'invitation au beau reste la seule certitude d'une peinture qui couche la chair sur les draps blancs d'une somme, l'effusion des couleurs d'un temps sans fond. Ce temps est un temps de l'audition. On scrute on tempère, pour asséner comme une suite au texte futur, l'enseigner de son incapacité à traduite cette omniprésence des couleurs par leur transfiguration, leur état de proximité avec des sons modulant une musique protéiforme, une musique convulsive quand la parole interfère avec la puissante exhortation de l'écriture. Par quelle peinture, soubresauts d'une fin sans cesse repoussée, la représentation se soumet au risque d'ensorcellement des couleurs, de ces élans jubilation d'une musique d'un soulèvement du temps ; le temps de chercher la temporalité d'un sujet qui peint sans suite l'opportunité d'un devenir de la cause humaine. La forme tient du mirage, tel un miracle occulté, ce serait en filigrane l'étalement d'un volume qui plonge dans les abîmes tourmentés de la pensée.


Thierry Texedre, le 11 mars 2021.


Jerôme Bosch (vers 1450-1516), « Saint Jean-Baptiste dans le désert », Huile sur panneau de bois 49,0 x 40,5 cm







mercredi 3 mars 2021

Abysses



Abysses


Du prétexte pour faire croire

au centre que l'enfer est partout

au sens du centre le sang éternel

ventre à terre plie pour passer par

ces fenêtres illisibles du temps

tourniquet de la roue illimitée

et sans fin la terre est carrée

puisqu'on peut y vivre pousse

de la vie en ligne dans l'infini

qui fait le tour à son tour objet

d'une possession de la vue

parce qu'elle n'a de cesse d'entrer

en résistance avec un corps

caverne contaminée par le dessin

dessin du corps déformé plaies

de l'invisibilité de l'entre-deux

le corps dessine sa fin pour

fuir l'enterrement de la chair

la chair se délite s'absout livre

sa défaite dans un volume boite

corps vidé de ses maux nauséeux

corps du dedans livré aux feintes

d'une peinture qui tente la fin

insaisissable envers de l'au-delà

où s'induit l'envol de ces âmes

vertueuses et monstrueuses

le monde est carré dans ces lieux

vulgaires voltige d'un point

à un autre angles du dedans

angles du dehors qui teinte

en une petite musique répliquant

sans cesse sa jubilation à exhumer

le peint de ses couleurs acides

en buvant l'esprit jusqu'à la lie

pour lui faire dire ce que le peint

n'a pas encore tenté de son vivant

lui faire dire par quels abysses

son sort semble soumis c'est là

le risque d'une rencontre avec

l'avant vie de l'avant du verbe.



Thierry Texedre, le 3 mars 2021.




"Abysses", 2020 peinture acrylique sur papier, Raymond Stoppele







mercredi 17 février 2021

La tentation du verbe




 

La tentation du verbe


Depuis ce corps le corps cavité

sombre l'alternative du point

le point controversé du mal

pourquoi ce mal est-il si circonscrit

depuis une réponse religieuse obtus

c'est ainsi que traîne l'altérité du laïque

invertébré insoumis à l'éclosion

d'une terreur l'obvie l'interdit du mort

le mort éternel souffrant de vivre verbalement

le verbe du corps invertébré puisque immonde

parce qu'il croit au risque d'une éclosion

l'éclos d'une fermeture de l'envie d'être

à cause de l'être étant depuis l'étreinte 

en vie ou depuis l'origine d'un choc

le choc vertébral du corps décapité

à cause d'un soleil jaune puisant

dans ce corps sa souffrance d'être chair

à quelle chair la tête s'invente ce sort

d'être la chair avant d'inventer un langage

aux signes insignifiants puisque sortis

de l'inconscient comme histoire de ce corps

possédé par la parole entrain de montrer

ce que le corps a de dérive dans l'infini

soulèvement d'une vérité en trop

la vérité est ce trop livré à l'inconstance

l'inconsistance de l'inconscient de ce sujet

sujet du corps de l'élection d'un verbe

atomisé par l'animalité qu'un verbe frôle

et que la peinture va monter en jouissance

le cosmos y vient causer sa fosse nasale.



Thierry Texedre, le 17 février 2021.

Yves Klein, Anthropométrie, sans titre (ANT 170), 1960





vendredi 12 février 2021

Le temps peint

Christine Bonnin (1962-)

artiste peintre et dessinatrice française


Le temps peint de Christine Bonnin

Christine Bonnin propose et induit un dialogue entre ce qu'elle peint et ce qu'elle vit spontanément. Journal intime et peinture se répondent ou se répandent selon que s'entremêlent ou se croisent un récit et une pénétration dans la matière picturale. L'artiste entre en relation avec cette spontanéité qui pousse le plaisir à répondre aux questions d'une écriture qui se débride, en impose à l'écriture littérale qu'elle ne peut montrer. Son écriture est une écriture sans corps, déchirante, qui exerce la peinture au plus près de la reconnaissance d'un lieu de l'intime. Certainement pour mieux apprivoiser l'artiste qui s'offre à nous. Apprivoiser la vie quotidienne sans l'intime qui le peint.

Affres affamés du quotidien, l'écrit s’érode, se tait, sort de son silence, se soustrait au traitement qui est le sien de montrer la psychologie du temps, là est ce dessein, celui qu'un dessin peut de ne pas signifier la peinture quand la peinture sort de ce dessin, aux couleurs de ce récit sans temps, Serait-ce sa sentence ? Angoisses de l'intolérable discours du temps sur une peinture qui démasque chaque jour, chaque couleur en circonvolutions entre des mots en phrases liées au peint d'un désir infranchissable. Christine Bonnin écrit la peinture puisqu'elle ne peut la peindre qu'en tentant une percée dans ce que le présent n'arrive pas à soustraire de sa représentation du réel.  

Thierry Texedre, le 12 février 2021.