samedi 2 août 2014

Judit Reigl












Judit Reigl, Déroulement et Histoire


Marcelin Pleynet, juillet - octobre 2008

"Vous êtes en possession de moyens qui me stupéfient et je vous vois en mesure d'accomplir des choses immenses." André Breton, 1954
INTRODUCTION
 Le premier texte que j'écris sur Judit Reigl participe d'une rencontre avec l'artiste début 1975. 
Judit Reigl est alors représentée à Paris par une galerie située derrière les halles, la Galerie Rencontres. En ce qui me concerne, je collabore alors avec Philippe Sollers à la rédaction et à la direction de la revue Tel Quel.
Je vois alors les tableaux de l'artiste à la Galerie Rencontres, dont l'activité est liée aux initiatives de Betty Anderson, que Judit Reigl a rencontré et avec laquelle elle s'est liée lors d'un premier voyage d'études en Italie, en 1947.
Je découvre donc en même temps l'oeuvre de la maturité et la biographie aventureuse du peintre; qui me font l'une et l'autre une très forte impression. Et plus grande encore, lorsque j'aurai le bonheur de visiter l'atelier de Marcoussis où le peintre s'est retirée et isolée dans la première moitié des années soixante.
Marcoussis, village des environs de Paris, cher à Corot, et où Cézanne, en juin 1886, a peint chez Villevieille (peintre d'histoire et portraitiste né à Aix-en-Provence en 1829, mort à Aix-en-Provence en 1916 - élève de François Granet)... Marcoussis n'est plus aujourd'hui qu'un bourg isolé et sans grand intérêt culturel.
Ainsi tout est surprenant dans l'oeuvre de Judit Reigl. Et, pour un écrivain, sans doute aussi bien sa biographie que sa bibliographie. Comment ne pas se trouver impressionné par ce que, dès 1954, André Breton écrit d'un tableau dont le titre, Ils ont soif insatiable de l'infini, est emprunté aux Chants de Maldoror ?
André Breton adresse alors à Judit Reigl (qui encore inconnue à son arrivée à Paris, a cru devoir lui offrir la peinture) une lettre où il déclare :"Vous ne pouvez pas imaginer la joie grave qui m'envahit ce matin. Cette oeuvre, du premier instant que je l'ai vue, j'ai su qu'elle participait du grand sacré... je n'aurais jamais cru que cette parole de Lautréamont pût trouver une image à sa hauteur, et j'ai été bouleversé de son adéquation totale à celle-ci, qui s'est jetée à ma tête quand j'entrais chez vous." (mai 1954)
Cette lettre manuscrite se trouve reproduite dans la monographie que j'ai consacré à Judit Reigl - éditions Adam Biro, 2001.
Il faut voir le tableau pour découvrir à quel point la lettre d'André Breton et le texte qu'il consacre à Judit Reigl, dans Le Surréalisme et la peinture, (Gallimard éditeur) sont absolument justifiés.
Et il faut aussi savoir que je participe à un groupe qui attache une importance toute particulière à Lautréamont, sur lequel j'ai édité un livre dans la collection "Écrivains de toujours", aux éditions du Seuil en 1967 (qui fit une impression telle, qu'il me valut une invitation à enseigner dans une université américaine, à Chicago) pour comprendre la sorte d'impression et de certitude qui furent alors les miennes.
Bref, dès ma première approche, l'oeuvre de Judit Reigl devait s'imposer à moi avec la plus grande évidence. Et, comme dans ces années soixante-dix le peintre présentait sa grande série de Déroulement 1, je rédigeais sur l'oeuvre de Judit Reigl, en 1975, un essai que j'intitulais De la peinture comme enseigne. Texte repris, en 1977, dans un volume d'essais (Art et littérature) publié par la collection Tel Quel, aux éditions du Seuil.


Je dois également dire que, sollicité soit par le peintre, soit par ses galeries, je n'ai pas cessé depuis de publier très régulièrement mon admiration pour l'oeuvre de Judit Reigl; et que je l'ai naturellement associé aux diverses manifestations auxquelles j'ai été invité à participer.
Tant en France : au musée d' Art Moderne de la Ville de Paris en 1979, dans Tendances de l'Art en France : "Les partis-pris de Marcelin Pleynet", qu'à l'étranger (Italie, Allemagne, Luxembourg) "Vingt ans d'Art en France :1960/1980".
Il suffit de considérer la bibliographie de Judit Reigl, pour constater que je n'ai jamais depuis cessé d'accompagner et de célébrer son oeuvre. Jusqu'à lui consacrer, en 2001, une importante monographie aux éditions Adam Biro.
C'est dire si je me suis empressé de répondre et de donner sans réserve mon accord, en apprenant que l'artiste décidait in fine de placer l'ensemble de son oeuvre sous le titre générique de Déroulement.
LE MONDE DES SIGNES
La peinture de Judit Reigl est le plus souvent réalisée en marchant. Debout et en se déplaçant verticalement et latéralement à la toile agrafée seulement en haut sur le mur. Si l'on considère les peintures, apparemment abstraites, qui introduisent la notion de "Déroulement", on est bien entendu, en un premier temps, frappé par l'esthétique et la beauté, telle qu'elle impose finalement l'évidence de ces oeuvres.
Mais comme je l'ai déjà signalé, "La peinture de Judit Reigl (la monumentale série diteHomme en fait paradoxalement la preuve) n'est pas plus assimilable à ce qui se présenterait comme "peinture abstraite" (ou alors il faut que par essence toute peinture, en tant que telle - en tant que mode de représentation symbolique - soit abstraite)... pas plus à la peinture abstraite qu'à ce qui se présenterait comme "peinture figurative". Elle est ce que doit être toute oeuvre d'art, sans autre définition qu'elle-même et sans autre exemple."
Il faut traverser l'ensemble de ce qui constitue cette oeuvre pour constater qu'une écriture très singulière établit et semble justifier, point par point, le passage d'une série, d'une époque, aux suivantes.
L'artiste nous fournit elle-même la clef de cette aventure, en décembre 1977, dans le catalogue de l'exposition personnelle qui lui est consacrée à la Maison de la Culture de Rennes.
« Déroulement:
Première phase - J'étends une balle de coton fine (240 cm de large) à partir d'un coin de l'atelier, agrafant uniquement le haut, sur les blocs - d'épaisseur et inclinaison variées - que forment mes anciens tableaux adossés contre le mur. Tout le long de l'atelier sera couvert ainsi, les différents plans - avancés ou en retrait - et le vide entre les groupes de tableaux dispersés. Un pan de mur également, puis la porte - sur ces derniers, le tissu pend verticalement. Voici un chemin blanc ininterrompu qui coule, contourne, change de direction à l'angle de l'atelier, enjambe les obstacles, passe à la fois devant et derrière moi, ne s'arrêtant enfin que faute de place.
Deuxième phase - Je mets en marche la radio, trouve une musique, non pas comme stimulant ou inspiration, mais pour élargir la limitation de mes mouvements et gestes, en les accordant - physiquement - à une exigence extérieure. Je me mets aussi en marche, touchant, ponctuant, effleurant la toile à chaque pas avec un pinceau trempé dans la peinture glycérophtalique. Je capte et j'émets à la fois des bribes (ni forme, ni écriture, ni ligne) horizontalement, d'avancée en avancée ondulatoire. Commençant par le haut de gauche à droite, m'étirant d'abord, puis remplissant le champ, de plus en plus courbée. Ne cessant pas de moduler à mon rythme corporel la fréquence de la musique et/ou à la fréquence de la musique mon rythme corporel. Si la musique s'arrête je m'arrête; si elle change, je continue - d'une façon discontinue - jusqu'à ce que l'inscription, totalement décodée, envahisse tout l'espace disponible (laissant les vides seulement là où le champ pictural n'a pas de support derrière lui, ou quand le silence la coupe, ou l'angle, les saillies la cassent). »
Je cite un peu longuement cette note de Judit Reigl parce qu'elle met, on ne peut plus précisément, en évidence la réalisation et la constitution de ses grandes toiles de Déroulement. Et aussi parce qu'elle les associe à la marche - à la mise en marche ("Je me mets aussi en marche").
Il y a, dans le procédé même, une logique poétique d'une grande rigueur. Et, si l'on s'y attarde, on ne manquera pas de constater que ce type de récit et de procédé, ne sont pas sans rapport avec ce qui, un certain jour de mars 1950, a déterminé le destin de l'artiste. A savoir le passage en marche forcée, de la frontière Hongroise. La fuite du régime stalinien...et le choix de la liberté (Voir le récit qu'en fait Judit Reigl, en décembre 1976, paru dans Art Press en mars 1977).
Quelle différence établirons nous des Éclatement, aux Écriture en masse, aux Guano, aux Expériences d'apesanteur, aux Homme, aux Drap, décodage (de 1973), à la série des Déroulement avec ou sans porte (1974/1979) ?
A considérer l'ensemble, il est très difficile de ne pas tenir compte de la sorte de graphisme qui se déploie dans l'oeuvre. Comme il est difficile de ne pas associer ces signes de Déroulement à des notes musicales. En 1982, l'une de ces sériesDéroulement ne va-t-elle pas se voir intituler Art de la fugue ?


Et ne faut-il pas aussi, dans ce cas précis, entendre « fugue » au sens de l'art de s'enfuir du lieu où l'on vit plus ou moins librement... et dans ce cas plutôt moins ... (n'est-ce pas ?) puisqu'on doit s'en évader et en franchir le no man's land ... et ses frontières ? [Les deux sens sont valables. Le premier sens: pendant deux ans, ce travail presque quotidien avec la musique de Bach pour trouver corporellement et psychiquement, le geste et le rythme originel de toute musique, peinture et poésie (Proust, Joyce Hölderlin…et jusqu’à Marcelin Pleynet). Note de J. Reigl] Rien dans l'oeuvre de l'artiste ne permet d'oublier la très singulière expérience que fut pour elle le choix de la liberté. Voudrait-on l'oublier qu'elle ne manquerait pas d'y revenir et de la préciser. Notamment dans le numéro 5 de la revue Art press : "Je viens à l'instant de traverser le rideau de fer (étroit couloir de champ de mines bordé de no man's land de cinquante mètres de chaque côté). Je viens de passer au dessus même des mines..."
La figure s'impose certes dès le premier séjour en Italie, mais avec une intelligence très particulière et, il faut bien le dire, pas le moins du monde naturaliste. Judit Reigl fut et reste habitée par cette expérience de dissidence qui est la sienne. Et plus encore par ce que cette expérience, qui consiste aussi à tenir compte d'une frontière donnée comme no man's land, peut avoir d'exceptionnel pour un destin de femme.
Ce qu'il convient avant toute chose de remarquer, c'est que l'ouverture de l'oeuvre, au moment où André Breton en prend connaissance, s'établit à partir d'une oeuvre littéraire (Les Chants de Maldoror) particulièrement révolutionnaire et dont le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne fut jamais très fréquentée (Ils ont soif insatiable de l’infini, 1950).
Bref, il faut retenir ce que l'intelligence picturale de Judit Reigl doit à sa fréquentation de la littérature, de la lecture et notamment de la poésie ... de la parole qui se traduit et se révèle dans sa capacité de jouer, si je puis dire, formellement, des mots et des formes.
"Mon corps joue le jeu dont
je suis la Règle.
Règle du jeu, je de Reigl
Déterminé. Déterminant.
Un corpuscule de l'Univers.
Un corpuscule de l'univers
C'est l'Univers." (J.R.1985)
Se servir des mots pour "décrypter" - "décoder" les figures, et notamment ses figures d'Homme , manifestement survivant au no man's land de la frontière, qu'il faut franchir pour accéder, dans de beaux draps... pour accéder, pour avoir accès à la peinture vraiment libre.
COMMENT LA LIBERTÉ VIENT A LA PEINTURE
Il faut d'abord que la liberté soit intrinsèquement liée au destin de l'artiste. C'est ce dont témoigne la biographie de Judit Reigl et son mode de dissidence en mars 1950. "J'ai, écrit-elle, quitté un bloc pour n'appartenir à aucun autre."
Dans un cas comme celui-là tout va très vite et plus vite encore. Ils ont soif insatiable de l'infini sera réalisé dès la première année du séjour de Judit Reigl à Paris en 1950. Suivi en 1952, entre décembre 1952 et janvier 1953, par Volupté incomparable(emprunté aussi à Lautréamont).
Et déjà, en 1952, ce très étonnant *Interrogation d'un objet *(50 x 60) qui n'est pas sans évoquer la notation cézannienne qui fit une telle impression sur les peintres cubistes : " Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d'un objet, d'un plan se dirige vers un point central."
Si l'on veut bien entendre que pour Judit Reigl, comme pour Cézanne, "la nature" ne saurait se distinguer de la nature picturale.
La composition décisive de cette petite toile ne sera pas sans conséquence. Judit Reigl la réalise en utilisant le premier objet qu'elle a sous la main : une boite rectangulaire avec laquelle elle travaille directement, en la déplaçant sur la toile dans l'épaisseur de la peinture fraîche.
Et déjà, dans le geste qui se saisit spontanément d'un objet qui lui tombe sous la main (pour réaliser en se projetant sans réserve sur l'ouverture, sur le plan sans fond du tableau) se produit un réel dépassement de l'image trivialement onirique de la peinture surréaliste. Un dépassement du Surréalisme par le Surréalisme même.
Bref, Judit Reigl, dès ce moment, retient du Surréalisme en art, ce qui fait l'originalité du surréalisme en littérature : l'écriture automatique, et ce qui la justifie comme Déroulement, soit la mise en jeu d'un « automatisme psychique » complété par un mouvement corporel.
C'est là une véritable révolution, qui, au même moment, fait le succès de la nouvelle peinture aux États-Unis, où s'impose la prestigieuse École de New York. Les tableaux qui suivent à la fin des années 50, la série de Éclatements (1955/1956) et la série deCentre de dominance (1958), préparent tout à fait logiquement la grande et belle série d' Écriture en masse (1958-1965) dont certaines oeuvres ne sont pas sans évoquer les peintures de Clyfford Still, tout en visant une toute autre mise en jeu. Et en participant d'une autre logique poétique plus spécifiquement et essentiellement surréalisante... freudienne, pour ne pas écrire lacanienne.






À savoir, plus évidemment, prise dans les "rets" du langage et dans ses très complexes conscientes, inconscientes, pré-conscientes, ordonnances formelles.
Il faut, à partir de là, sortir de toutes généralités et facilités d'associations visuelles, pour retenir ce que l'expérience biographique essentiellement européenne de la dissidence put avoir de plus ou moins implicitement traumatique pour le jeune peintre.
UNE SCIENCE DE LA PEINTURE
De ce point de vue je retiendrai quelques éléments qui jouent un rôle spécifique et déterminant dans la réalisation de l'oeuvre de Judit Reigl.
1) une évidente passion pour le savoir, et pour un savoir plus essentiellement lié à la poésie. C'est à dire une réelle passion pour la lecture.
2) en retenant que le relatif isolement, quelques décennies durant, à Marcoussis n'a pu que développer et faciliter ce type de réflexion et de méditation.
3) que cet isolement est contemporain d'un certain nombre de recherches qui se développent alors dans l'avant-garde, de certaines études sur la théorie littéraire en France : la découverte de la linguistique, des formalistes.
... et la mise à jour d'une science "sémiotique" qui associe linguistique, psychanalyse et esthétique. Notamment autour de la revue Tel Quel, les travaux de Jacques Lacan, de Roland Barthes et de Julia Kristeva...
En serait-il besoin, que la série horizontale de Déroulement, donnant naissance en 1983/1984 à une série verticale intitulée Hydrogène, photon, neutrinos, témoignerait des questions qui occupent alors Judit Reigl. Et de la diversité de ses intérêts.
Ce que l'on constate, en suivant le Déroulement de son oeuvre, c'est que les séries s'engendrent, beaucoup plus qu'elles ne se suivent. Et que tel aspect, qui semblera d'abord surprenant, se trouve tout naturellement, dirait-on, développer ce qui se trouvait déjà en gestation dans une série précédente.
C'est frappant notamment à quelques trente années de distance, avec l'apparition des portes de la série Entrée-Sortie, où l'on retrouve, dans les années quatre-vingt, ce qui déjà faisait événement, à la fin des années cinquante et au début des années soixante, avec certains Guano.
Il faut retenir que cette disposition et cette liberté, dans son rapport avec le langage poétique, s’enracine dans la première langue de Judit Reigl, le hongrois. C’est donc le poème d’un des plus célèbres poètes hongrois, Attila Jozsef, que Judit Reigl évoque dès les années soixante et à qui elle emprunte le titre « Guano ».
On remarquera avec intérêt que c'est dans une de ses Entrée-Sortie, intitulée pour l'occasion Face à... , qu'apparaît, faisant retour, la figure d'un jeune homme debout les bras le long du corps, tel qu'il déterminera la série, de la fin des années quatre-vingt et du début des années quatre-dix, que l'artiste intitule Un corps au pluriel (emprunté à Spinoza). Puis au début des années deux mille Corps sans prix (emprunté à Rimbaud).




Sans oublier que la série des Homme, et la série des Drap, décodage, s'établit de 1966 à 1973... pour finalement s'ouvrir sur le vaste ensemble des Déroulement, de 1974 à 1979. Dont le graphisme n'est pas sans rappeler la gestualité mise en évidence avec les Drap, décodage.
La porte, ici encore, apparaît et s'impose par exemple dans les trois grandsDéroulement (220 x 600) de 1975.
PEINTURE ET BIOGRAPHIE
Ce que Picasso croit devoir donner comme explication des dates très précises (jour, heure, mois, année) qui très vite figurent à côté de sa signature au bas de ses peintures (à savoir "il existera sans doute un jour une science de l'homme susceptible d'établir ce qui détermine tel ou tel aspect des oeuvres") me paraît, par bien des aspects, pouvoir s'appliquer aux peintures de Judit Reigl.
Il suffit de retenir l'événement biographique considérable que fut pour le peintre la décision de quitter la Hongrie et de passer la frontière qui devait lui permettre d'envisager une peinture... sans frontière. Tout en restant profondément occupée et préoccupée par ce passage. Et par le fait que ce passage soit justement celui d'un no man's land.
Il n'est pas, loin de là , sans intérêt le fait qu'elle ait intitulée une de ses premières toiles, et sans doute une des plus célèbres (elle est aujourd'hui au MNAM, Centre Georges Pompidou), Ils ont soif insatiable de l'infini.
N' y revient-elle pas d'une certaine façon, courant 1978, dans un texte au titre significatif : Évident/caché/actualisé/latent : "Une des plus magnifiques réponses à la recherche de la profondeur : l'espace chinois. Inversement à la perspective occidentale qui se rétrécit, celle de la Chine s'ouvre à l'infini, à la fois plongeante et ascensionnelle."
On remarquera qu'en les isolant, et en les agrandissant, chacun des signes qui constituent les suites de Déroulement, fait penser à un idéogramme chinois. Une sorte d'écriture que Judit Reigl, bien que familière avec au moins trois langues (hongrois, français, anglais), ne pratique pas.
Le passage de la frontière est sans aucun doute un élément structurant pour l'essentiel de l'oeuvre de Judit Reigl. C'est en tout cas à partir de cet élément et de ses conséquences existentielles, que j'interpréterai aujourd'hui une fois de plus, dans sa plus vaste ordonnance, la pensée et l'oeuvre, de ce point de vue sans exemple, de Judit Reigl.
POUR NE PAS CONCLURE
Judit Reigl est née à Kapuvàr, Hongrie, en 1923. Elle a donc aujourd'hui 85 ans. Ce que classiquement je considérerai spontanément, et contrairement à la doxa du jour, comme l'âge de la maturité pour un peintre. En tout cas l'âge où l'oeuvre se réalise sans que la moindre hésitation puisse se manifester.
Et c'est bien ce que je constate en revenant aujourd'hui sur l'ensemble extrêmement cohérent que présente la carrière et l'oeuvre de cette artiste qui, depuis son hommage à L'homme qui court, de Malevitch, en 2000, paraît suffisamment sûre d'elle pour entamer et poursuivre un dialogue avec les plus grands.


Ses dessins les plus récents, d'après des artistes historiquement établis, manifestent très clairement et avec brio, ce nouvel intérêt ... qu'il faut situer d'Alberto Giacometti aux Expressionnistes allemands (E.Nolde).
La série Déroulement (phase IV- anthropomorphie), en 2008, et qui comporte sept peintures de 220 x 200, s'impose avec une évidence et une force tout à fait exceptionnelle. C'est un peuple nouveau et jeune qui surgit aujourd'hui d'une oeuvre qui a chèrement gagné son libre mouvement, en tout point incomparable, et à bien des égards unique.


Judit Reigl s'impose désormais comme un des plus grands peintres de sa génération. Et si l'on peut regretter que sa reconnaissance par les musées et le marché d'Outre-Atlantique soit un peu tardive... il faut aussi se féliciter des œuvres acquises par le MNAM Centre Pompidou à Paris et par la TATE MODERN à Londres. Ainsi que par les initiatives de Kàlmàn Maklàry, qui depuis quelques années fait un travail de pionner en introduisant l’œuvre de J. Reigl dans toute l’Europe: catalogues, livres, expositions (Musée Mucsarnok à Budapest; exposition Galerie Erdész&Maklary à Budapest; Artfair à Paris; à Cologne, à Moscou, à Bruxelles…). C'est aussi lui qui a emmené en 2005 Jànos Gàt dans l’atelier de l’artiste. Jànos Gàt l’expose pour la troisième fois dans sa galerie à New-York (2007/2008/2009). Grâce à ses efforts, d’autres musées de réputation internationale, comme le musée de Houston Texas, le musée Métropolitain, le MOMA de New York, représentent aujourd'hui une oeuvre aussi manifestement décisive et s'affirmant avec une aussi claire importance historique.

note 1


Phase 1 : Déroulement classique (début sur toile vierge).

Phase 2 : Art de la fugue (fond très léger).

Phase 3 : Verticale (l’écriture devient un flux large) alu, bronze, métaux incorporés.

Phase 4 : Anthropomorphie.






jeudi 31 juillet 2014

Même la mémoire naît




Voile austère de l'esprit
décomposé en signes
et qui compte sur sa
grandeur virtuelle
pour résister
se risquer à
reconnaître
de la prose
la mémoire
du temps
tendu
de
l'Un
en
souffle
indécent
depuis la
résolution
qui s'impose
de vivre l'éternel
comme si l'éternité
venait à manquer à ce
souffle malin de la souffrance
là est l'esprit rebelle qui descend
dans l'intérieur opalescent du corps
envoûtant de l'élision du désir de la
naissance à rebours dans la mémoire
réalisée comme d'une résurrection par
le verbe à propos duquel le sang monte
puise aveugle partout où la chair est née







Thierry Texedre, le 31 juillet 2014.


mardi 29 juillet 2014

Tremblement de la sidération du corps










Tremblement de la sidération du corps



Toute la génération de la fin
du corps dépressif va vers la
contemplation du dedans
depuis ce qui l'aspire de la
peau où règne un sang versé
couvert de vilains miasmes
des vertueuses concrétions
qui vous inspirent au milieu
de ces chants austères et par
quel rétrécissement de la
parole impuissante à léguer
la vie ce corps est né en fuite
dressé depuis l'apoplexie rouge
renfermée et damnée démesure
comme si la sidération venait
trouer le cœur immédiat du bien
et bien avant la mise à mort
de la texture taraudée de monter
sur la monstruosité des paroles
depuis la divine liturgie qui
voyage dans l'espace visité
par l'ombre inavouable de l’œil
saccadé gorgé aussi de ce sang
impitoyable en chants autistes
frayeur du grand acte du jour
jouissant de ce rêve renversant
désespérance qui claque à la
figure de la mort moribonde
l'attention reste risque d'avaler
les lectures illicites et illégales
de l'irrespirable temps tatoué
sur les bras de la grande mort
déguisée en blanche colombe
liquéfaction diurne de l'homme
irrespirable formé par la lune
illuminée depuis l'extinction
du soleil noir qui joue à voir
érosion en deux faces facéties
du regard déglingué depuis
l'origine du monde modulation
drapée de ces ventricules
secoués en saccades et coups
répétés de ces battements et
l'illusion d'avoir su pour croire
à la surdité de la folle raison
ricanant en tapant des pieds
au pire moment de la journée
au zénith de la glorieuse fin
du corps cadavérique couché
et empilé pour disparaître en
couches saturées vite en deuil.




Thierry Texedre, le 29 juillet 2014.






mardi 22 juillet 2014

Introspection










Introspection


… Gesticulation du corps étriqué, repus et replié dans un coin de la pièce, comme si, recroquevillé les jambes et les bras cachés sous un dos plantureux, on n'apercevait malgré tout que le tronc roulé en boule et rétif. Ravagé le visage aux traits tirés se redresse et prend toute la place dans la pièce ; on entrerait incidemment dans la chambre, alors, ne verrait-on pas, et avec quel effroi, l'extravagante image de la folie... Le médecin de garde s'approche du patient, tente de rassurer, par quelques mots choisis et puis rien n'y fait, le sujet semble pris de tremblements, et on entend sa voix qui se risque à dérayer... Comme si ces sons aigus sortis du fond des âges pouvaient ralentir la vie ici, dans ce lieu austère de la psychiatrie... Le sol est carrelé de faïence blanche, et les murs peints en bleu gris. On entend dans le grand couloir un appel au loin, une lumière rouge clignote au-dessus d'une porte entre ouverte. On voit deux blouses blanches s'affairer à toutes jambes avec un chariot qui grince avec la vitesse. Un cri violent traverse la cour, peut-être que d'autres patients ont entendu ces vociférations d'un mal-être... Puis plus rien. Un peu après, d'une autre chambre un cri qui rappelle celui précédent, comme la répétition d'une œuvre musicale entrain de s'écrire... Voilà un médecin interne qui passe à son tour accompagné de ses deux étudiantes aux bras serrés contre leur blouse dévergondée et possédée par l'air ambiant ; certainement pour ne pas perdre des dossiers aux couleurs très vives, et qui déteignent, et qui dévisagent dans l'ambiance terne des lieux...

La folie n'est-elle pas le lieu inhospitalier d'un enfermement dans la représentation, de ce risque infondé d'extraire le "vrai" du temps, de ne jamais rencontrer l'inextricable liberté de jouir.

Double séquence dans les plis de la visitation

...Quelques patients donnent l'impression d'être anonymes, comme dépossédés de cette mémoire ( qui pour être immédiate n'en est pas moins improvisée), au passage des visiteurs depuis les couloirs menant aux salles de repos, salle à manger, et à l'entrée principale de l'établissement. Deux blouses blanches s'entretiennent discrètement avec un petit groupe de personnes dont la souffrance intérieure n'a pas l'apparence, au-dehors, d'une perturbation, ni du regard, ni du mouvement des corps. Les portes des chambres du rez -de-chaussée sont ouvertes en grand, comme si ces lieux garantissaient aux résidents la même bonhomie qu'un établissement de repos. Pourtant à y regarder de plus près, tout semble bien différent. Quand on a accès au personnel soignant, il vous explique que les patients ont des soins très rigoureux ici, c'est un centre psychiatrique où les malades sont traités avec des psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, thymorégulateurs, anxiolytiques), et parfois si nécessaire des traitements biologiques (électro-convulsio thérapie, stimulation magnétique transcrânienne répétée). La peur vient inonder tout mon être, comment soigner alors, si les limites de chacun commencent où le commun se sépare de cette représentation (existentielle), dans une mémoire dont on sait qu'elle n'a pas de sens sans une mise en question de sa dépendance au temps, pour inquiéter l'espace (l'esprit futur), le « raccourcir » pour ne pas tomber dans les griffes du fou (l'usurpateur)...



Thierry Texedre, le 24 juillet 2014.



  

lundi 7 juillet 2014

Un temps ressuscité













... Insidieuse fin du désir atomisé et déchiré dans un jaillissement d'une pluie de sang sourdement écartelé, tel une flaque perlée de grains brillants, d'un bitume réparé... À plat, le corps plus loin, se contorsionne encore, comme pour s'évader du sol moins crevé que lui... Une voix s'élève, en cris qui saturent l'air encore chaud d'un soir humide et orageux... Ondulation dans l'espace ouvert de la libre interprétation des sons, lancés à tire d'ailes, dont rien d'étrange n'excède les bruits des véhicules sur le périphérique tout près... D'un balcon, à quelques mètres, s'exhibe une ombre à peine masquée par une haie taillée, sur un air manouche qui s'élève jusqu'aux étages supérieurs... Le corps serait-il tombé d'un balcon, plié par un trop vif désir de vivre intensément, d'une jouissance insoutenable, jusqu'à la souffrance suprême de sauter par-dessus la rambarde ? Douleur de vivre un état de désespérance telle, qu'aucune personne, à un moment de dépassement de la douleur, ne puisse alors retenir tout son être vitrifié, déchiré et désenchanté... Le temps sort de ce corps comme si tout, autour, dansait une farandole, et tourbillonnait jusqu'au milieu insoupçonné, là où l'âme s'évanouit en songes éparpillés, dans un rayonnement d'étoiles qui filent à tout va pour rattraper le temps, pour ne plus faire qu'un avec lui... 









Thierry Texedre, le 7 juillet 2014.


dimanche 6 juillet 2014

Visitation





Quelle rivière qui serait

asséchée pour la raison

première depuis les fils

du temps au milieu des

dépossessions du vent

ravageur quelle litanie

issue du corps malotru

visite la femme d'un nu

nimbé de ces délicieux

seins avantageux ravie

de se faire voir touchée

aussi aussitôt saisie par

l'avancement des mains

dans des plis chaleureux

jouissance tournant juste

où l'affaire sort le corsage

dégrafé et la culotte ôtée

dans une telle ivresse luit

le visage que l'homme suit

honorable avant la visite

soit transporté où l'esprit

se mire au sommet d'un

doux regard obtus après

quelques fadaises et force

le temps de l'envie lovée

dramatique quand tout

s'arrête foutaise avant ça

assermenté d'un sourire

crépusculaire il voue à la

certitude tout ce qui part

depuis l'heureux tumulte

qui gronde dans des corps

couchés où passent les sens

et saute la musique martyre

la dame ricanant au sommet

douloureux c'est la chair en

l'air envoyée dans les cieux.



Thierry Texedre, le 5 juillet 2014.










jeudi 3 juillet 2014

Rivages





… Fournaise sur le col austère de la foi qui se retire tristement en quatre parties inégales tentation du haut qui croit penser découper dans la chair ce tronc sorti en privé de ses viscères soupesant les membres par terre qui sont resserrés pour ne former qu'un amas d'extension aux extrémités rigidifiées depuis les doigts écartelés les ongles trop longs sont plantés dans la terre pour chercher le dehors de l'évasion et aussi se mêle plus loin un nombre irrésolu de formes alambiquées d'un dedans du corps retourné comme un gant et dont la puanteur rentre encore par les narines asséchées du visage exsangue... Point de reddition dans les actes scandaleux liés à l'écriture crépusculaire... Quelle tentative d'extraction serait à elle seule la plus outrancière des techniques renversant le sas immortel qui sied au corps de la dépense... La sotte touche en retrait qui vient tétaniser l'alchimie d'une ivresse de la chair va pourtant expressément nous renvoyer aux origines de l'épaisseur de la chair … Voir ce qui tombe comme s'il s'agissait d'une usurpation de la vie se risquer à la respiration au renflement involontaire depuis des membres comme dépassement... On entend par quel hasard ou contrainte la danse d'une convergence de la présentation des corps au plus près de l'étreinte qu'un langage permet au moment où le regard s'absout de l'écoute au milieu du temps... Forcer ce lancinent examen de la chair pour lui faire rendre ce sens illisible qui touche à la contrainte rythmique du corps nu avant ce qui le recouvrira d'une suspension involontaire celui du pouvoir d'associer des parties du corps pour sortir ce corps de la présence comme la danse en revisite l'origine...







Thierry Texedre, le 3 juillet 2014.

vendredi 13 juin 2014

Des corps traversés










Glacé le schisme

oculaire résorbé

du tronc cadavérique

qui court partout où

l'occlusion sous les

yeux vous couvre

les paupières suintent

oh que le bel ouvrage

se draine en un blanc

héritage lueur de la

société qui classe

et se tait devant la

finesse de la mort

monstrueuse tirée

à quatre épingles

la vrille du cloaque

incessant qui vous

contraint doit pousser

sur le train arrière

pour qu'on ressorte

ces maudits mots

assoiffés de ces

délicieux délires

battus en brèche

par la musique de

dehors celle fausse

celle du dedans est

pliée et dépliée depuis

l'origine qui barbote

en s'esclaffant d'une

soudaine apparition

reliquaire puissant

de la parole inventée

de la déflagration

des corps traversés

grimaces de ces mots

masques insidieux

pour alerter l'art

drogue intestine

du front ouvert par

trop d'extraction

d'insipides couleurs

rouage de l'infini

qui commence

seulement à nous

emporter dans la

caverne du saut

ultime du saut noir

ouvert à la mémoire

hystérique du vrai

démembrement

pendu au pilori

de la conscience

entrain de gindre

entrain de rêver

à une possible

circulation des corps

en même temps et

de faire croire par

là que la parole

est ce qui vous donne

à voir ce divin lieu

de la réalité vrai

réel à trop s'en

emparer et porter

le corps dans les

eaux de l'irrespirable

et incessante vie

déposée en peinture

découpée collée

retournée du devant

dressé à-même la

suspension suspectée

par le peintre qui

en ressort au milieu

pour vous dire en

peinture ce que vous

vivez en fracturant

l'astre qui meurt

tête baissée et bien

vous revoilà au

commencement

qui s'ouvre à ces

organes étalés et

étiolés en étoiles

au firmament du

coup bienheureux.





Thierry Texedre, le 13 juin 2014.




lundi 9 juin 2014

Glissement courtois

 



Courtisé le suaire pendant le long de ces jambes écarlates saisit par des prières indignes le redressement dispendieux de ce sacré sexe pieux de bois sec et gonflé par l'enfer du détournement d'un cerveau craché depuis ces tombes à-venir danse de cette crémation du corps pointé et couché humide depuis l'origine du monde montré au regard qui gonfle par quel fléau au tour jamais invité du spectacle devant ce dieu dédié par les ombres cernées du corps attouché partout où le lieu délicat de la peau s'éveille à la chair damnée du cuisant vice qui sort de partout par-delà les chastes paroles insupportées et nues depuis un tel opéra irremplaçable choc ancestral qui opère comme un retour sur les ondulations rupestres du plaisir rampant dans la chair jusqu'au bloc la tête en vrac voilà la libre litanie livrant les limbes lumineux lentement sur la peau glacée brillante et ivre depuis les jeux de la jouissance juste jubilation jetée en pâture au corps exhumé des mortes livraisons de la pensée le corps en acte depuis l'insoutenable dérision du col démembré et chaud s'éventre et s'ouvre se couche et se resserre s'étend jusqu'au fond déflagration du col saint et utérin sous quel ressort le gonflement du sexe tient l'éternité entre ses mains entrant et sortant par un malin plaisir d'exciser le désir ersatz de ce corps invité par une troublante communion à boire le suc pernicieux du temps télescopé ignominie que ces corps vêtus de lumière et déformés par l'onde choquante du cuisant fracas des os par l'ostentation insupportée des corps grimaçants.



Thierry Texedre, le 9 juillet 2014.

dimanche 8 juin 2014

Corps en coupe d'écriture en bloc


 
 
 
 
 
 
Corps en coupe d'écriture en bloc



Corps d'écriture outremer encre mercantile saut dans l'indifférence du sens pourvu de centaines de hiatus raisonnement inquiet vers sa fin vers sa rencontre avec la chair pour rien pour en rire du sens sans servitude qui glisse lentement sur la peau infinie de celle qu'on attrape résolument en se risquant à l'ouvrir à l'inciser à l'exciser à l'exclure de la chair pour en voir la grande jouissance se manifester lugubre et noire par quel juste retour du bleu d'être né pour voir mais noire pour laisser la lumière mieux nous pénétrer faire sortir cette vilenie du fond trop rouge pour y voir l'os apparaître oser cette coupe de la chair oser sortir du sang oser mettre à nu l'os indifférent à la caresse du temps sur la peau qui ergote avec l'érotique puissant de puiser dans l'exaltant désir du corps poussé sur un autre pour l'enfoncer le traverser et ressortir couvert de sa peau pour rencontrer la mémoire et la fixer contre la peur contre la cavité profonde de l'exclusion et de la mort lutte qu'un chant réverbère jusqu'à l'écho et la répétition musique en transe du corps absent du corps qui rit d'un ricanement indice signe occlusif d'une divinité qui vient d'apparaître pour ne plus oublier le corps recouvert de peau habit qui commence la cohabitation en groupe mis en coupe par la masse et l'inconscient quelques siècles après.





Thierry Texedre, le 8 juin 2014.

mercredi 4 juin 2014

La folle expurgation du corps








 
La folle expurgation du corps



Tous les organes naissants

du col luttent errent eussent

-ils rempli le cadavre heureux

et exquis de son orgueilleux

vaurien trop allégé alors pour

entreprendre un récit dans

la future peau pathétique

voilà bien l'extraordinaire

cloaque qui referme le nom

qui brille caché dans les

plis poisseux depuis l'éveil

arithmétique qui accouche

naissance pas encore acculée

au pied de la folle mortifiée

morte involontaire à coups

de trique pour jouer à saute

la mort de l'après-coup du sort

oh ces ravageurs escamoteurs

du temps qui dansent le drame

dudit récit coulé dans la

fosse assourdissante du bruit

hilarant donné au désir en

fuite du dessous des jupes

de ces fesses déculottées

le nez depuis l'aube rentre

jusqu'au fond odorant de la

chair convulsive du corps.





Thierry Texedre, le 4 juin 2014.








jeudi 29 mai 2014

Le regard éloigné










Le regard éloigné



Clapotis vertigineux du temps

tatoué sur l'espace rétréci du

corps raccord en coupe du soc

sacré ouvert de l'esprit de chair

dictée de la voie risquée vivant

au cœur du clou tatouage fond

incessant de la folie entrain de

raccourcir la polémique qui va

commencer à exploser dans les

têtes électriques plus vite ordre

qui enfin crie sa souffrance vite

l'espace par la naissance claquée

se referme en quelques fractions

de secondes esprit qui nourrit

la chair tringlée en profondeur

pour faire le jeu du jouir jeté à

même sur les rails chauffés de

la peau ruminant une sortie de

la vie en l'air l'aire arythmique

de ces sons imposés par le sens

violé du corps sourd d'avoir cru

ici bas au son vite vitrifié depuis

l'innocente embellie qui sonne à

la porte de l'enfer infernal coup

qui vient raturer les ondes destin

de la démesure fracturée de cette

nativité ondulatoire de l'indécence

qui suinte au bout de la naissance

qui crie tout ce qu'un savoir n'aura

jamais rattrapé voilà le couac entré

par la vilaine parole ivre de la loi

réalité de l'abjection ouverte d'un

sexe visité tellement caverneux

qu'on ira puiser la peur peinturée

du destin dessiné en réserve rêve

qui montre l'étreinte des corps de

trop vider les sons en musique là

où un futur se met à toucher de près

la pensée en composition autre vue

sur la perspective ourlet de la peau

qui montre ce que sera la douleur

d'une plainte face à la perversion

du phallus jubilatoire dressé sur la

castration phénoménale qui fuit par

la sortie discrète du drame l'interdit

dehors au loin s'étale les séditions

assombries des corps couturés sales

et mourants glacés par la boue hurlée

sur tout ces oripeaux cadavériques

le ciel est noir avec ce point rouge

à peine distingué depuis le balcon

le regard éloigné s'approche du vide.





Thierry Texedre, le 29 mai 2014




samedi 24 mai 2014

Affliction










Affliction





« La Mère douloureuse se tenait debout »





Première expression du temps douloureux



Depuis l'aube de la création de la chair

viennent les franges austères de la vie

comme quantifiant de l'esprit dévotion

à la plainte assignée au corps et debout

la vie prend place jusqu'au sommet têtu

face cachée sous les traits impitoyables

de l'expression dedans du col de la chair

visite impénétrable du temps dans l'être

là où va se mettre la vérité de l'expulsé

diligence au fait de l'au-delà du retour

de la roue sur l'infini dressé de la terre

mère devant la décollation du verbe dit

depuis la parole faite loi en souffrance

on n'entend plus les voix de la douleur

autour que torture des membres forçage

vite consommé jusqu'au pilori et la croix

viennent ceux du renoncement aux cris

au pied de l'illusion même déversant la

vérité sur l'ignominie faite depuis l'antre

immuable tentation de soustraire le rien

debout en pleurs l'ivresse de l'insoumis

pour implorer la foi nue du tiraillement

intérieur vendu depuis l'aube des temps

à cette pantomime pulsation du cœur de

ces damnés croyants au schisme du jouir

avec l'inceste la délivrance obséquieuse

de la mise à mort du vivant comme vie

sans lien ni lieu avec la résurrection née

de l'ouvert fermé au ciel inventé par une

étreinte de la mère et du fils par l'esprit

imaginé depuis la douloureuse naissance.




 
Sous quelle tempête le corps fini devient


Carcasse des corps englués dans la lecture

odieuse d'une loi dérivant de cette parole

originelle en flammes lieux crépusculaires

inoculant au verbe l'avance de ces signes

suintant des sens en soubresauts illusions

du futur furtif fondé sur les rites du mal

prosterné et des sillons sortent les pousses

jusqu'à l'horizon inventé de la perspective

de l'apparition soudaine de l’onguent sauf

tyrannique et révulsé contre ce corps né

et accouché d'être de la mère menstruelle

voyez de vos yeux clos la souffrance du

né ultime pour ne jamais avoir respiré la

vie en un nom vrai et inviolé d'un corps

jamais de tous temps posé en adoration

d'où quelque illumination sorte un temps

dans l'absolu nécessité de naître en deux

coupé du monde sous la gloire des cieux

chants inassouvis de la chair ponctuée par

l'essence même qui vit le jour par l'âme

au centre de l'enclavement tumultueux

des battements de cœur du coup du sort

tempête du dedans pour avoir recouvert

par la peau la plus ensanglantée les chairs

hurlantes depuis l'appel à la mort des mots

d'avoir illusionné de leurs frasques éthérées

l'esprit de la sainte naissante résurrection.

...



Thierry Texedre, le 24 mai 2014.



 



vendredi 23 mai 2014

L'infini





Du visage mal tiré

et du son qui monte

sur l'animal attiré

tripatouillage tordu

du secoué suave et

sourd face aux vulves

qui s'abreuvent

par la soif effondrée

le temps tatoué de

l'expulsion qui dore

cette onction damnée

on vide au secours

de l'eau la cavité

elle hante la fulgurante

répétition sur la peau

en foutre damné

la peur va fermant

le drame de jouir de

l'insensé sans lieu

qui revient bordel

que cet once de verge

vraie qui se retourne

soulève le don

jusqu'à l'apothéose

pour se gargariser

du sexe valise beau

raccourci de la peau

se plaire à voir dans

l'autre l'infini s'ouvrir

il suffit doux visage !







Thierry Texedre, le 23 mai 2014.



mardi 20 mai 2014

Concrétion





Concrétion


 
 
 
 
 



Partout où l'étreinte

a lieu le corps capte

la lente allusion au

tremblement vertige

incommensurable

de l'expulsion par la

voix de l'altérité du

dedans calamiteuse

occlusion des cordes

vocales incisées par

une rencontre infinie

___



avec cette chair où le

corps dit se sent libre

d'attraper quelque part

l'astre dramatique qu'il

porte en son sein lueur

du bout pour inoculer

à la pétaudière dedans

l'arrachement au verbe

déconcertant et torturé

totem sans tabou clôt

encore quand l'air suit.





Thierry Texedre, le 20 mai 2014.



dimanche 4 mai 2014

En coin







Consonance vertigineuse qui sourdement compresse la peau thématique ricanant devant sa correspondance cloaque de la chair rythmée... Sang frelaté du cou ténu rétréci par la peur de voir en vrai... Songe indécent de la petite clé qui ouvre l'endroit serein du coin poilu entre les cuisses cuites... Incurvé le dos se prend les vertèbres dans ces fils barbelés du retour au stade prénatal... Nutrition évaporée qui va retarder l'apprivoisement de la parole par les cris de la naissance tombée par terre... C'est cuit cuisant cri crispé couché dans la caverne indécente du dire de l'avenir... Voilà que ressort cette vérité virtuelle du dire passé par la terreur du vrai vénéré vraiment volé vu votre voix... Vicissitude de la gloire imparfaite du renégat gavé de ce dire dicté par la digression du verbe versatile et vertical... Gargarisée cette consonance imprévisible du passage de la parole à l'effroi du cri au commencement ouvre par là au pire renflement qui soit rempli de mauvais mots monstruosité mortelle de l'image manichéenne en marche... Articulation du corps démembré et écartelé pour avoir cherché l'action puis d'avoir trouvé la peinture partout où l’œil fut source d'amour...




Thierry Texedre, le 4 mai 2014.