vendredi 23 janvier 2026

Giusto Pilan signe trace et forme

 






































Giusto Pilan signe trace et forme


Chez Giusto Pilan (né en 1966 à Vicence, Italie), la lutte entre signe et forme est au cœur de sa recherche artistique — un des aspects clés pour comprendre sa peinture et sa matérialité.


1. Équilibre entre signe et forme

Pilan utilise une technique mixte sur papier (poudre de marbre, cire, pigments, fer pour imprimer des formes) qui donne lieu à des images en équilibre entre le signe et la forme.

Signe ici renvoie à la trace graphique, au trait ou à l’empreinte — quelque chose de proche du langage, du pictogramme ou du premier dessin.

Forme renvoie à la solidité visuelle — la figure humaine ou végétale qui se dégage de la surface, qui devient forme reconnaissable.
Le travail de Pilan oscille en permanence entre ces deux pôles, sans jamais complètement se fixer sur l’un ou l’autre : il semble s’attacher à rendre visible l’origine même du signe, là où celui-ci cherche encore sa forme.

2. Mémoire et archétype

Cette lutte est associée à sa recherche de « mémoire perdue », qui remonte aux origines de l’humanité et aux premiers graffiti rupestres.
Pour Pilan, le signe est primitif, presque archétypal ; la forme qu’il génère n’est pas une forme pleinement figée, mais plutôt une résonance de quelque chose d’ancien, d’inconscient, de profondément humain. C’est dans cet espace entre trace originelle et figuration émergente que l’œuvre trouve sa force.

3. Technique et matérialité

La façon dont Pilan applique ses matériaux — sa « brosse-torche » (souffle et chaleur pour fixer pigments et cire) — participe à cette tension : les formes ne sont pas simplement dessinées, elles sont incisées, pressées, inscrites dans la matière.
Cette matérialité accentue la liminalité (la frontière instable) entre marque/signe et forme définie, car la matière elle-même devient le lieu de cette lutte.

4. Une esthétique précaire

Dans ses œuvres, la forme n’est jamais tout à fait refermée sur elle-même : elle reste suspendue dans un état instable, témoignant de ce que Pilan appelle un rôle constamment précaire entre le signe et la forme plutôt qu’une victoire de l’un sur l’autre. La lutte entre signe et forme chez Giusto Pilan désigne une tension ontologique et perceptive :Le signe comme trace originelle et primordiale — proche du langage humain naissant. La forme comme apparition visuelle reconnaissable — figure humaine ou végétale. Leur relation est instable, fragile, dialectique, et c’est précisément cette oscillation qui structure la plupart de ses compositions.

Le lien entre signe et forme serait celui de la trace.

5. De l’instable au réel

Chez Pilan, le signe n’est ni un symbole stabilisé ni une écriture lisible : il est trace. À la manière dont Roland Barthes définit la trace comme ce qui reste d’un contact — « l’avoir-été-là » — le signe pilanien est l’empreinte d’un geste, d’un passage, d’une présence passée. Il ne renvoie pas d’abord à un sens, mais à un événement. La forme, quant à elle, n’est jamais totalement constituée : elle s’ancre à cette trace sans la refermer. On pourrait dire, avec Barthes, que la forme est du côté du visible, tandis que le signe-trace appartient à l’ordre du punctum : ce point de tension qui échappe à la composition, qui blesse le regard et résiste à l’interprétation. Si la trace n’est pas encore un signe (quelque chose qui se répète), elle est pourtant déjà une reconnaissance, elle est là avant, bien avant que tout passage soit mis en mémoire. Pilan traverse le peint en insignifiant toute trace afin qu’aucun signe ne vienne toucher l’incertitude d’une vérité formelle, d’une trace devenue la signifiance d’un récit. Tout récit serait dépasser à ne pas se reporter au visage d’une peinture.

L’esprit d’une reformulation de la peinture épuise la forme, mais redirige le récit vers le visuel l’instant d’une transgression du dit récit. Si la peinture avoue cette instabilité du récit, c’est dans le sens d’insistance du réel qui se désavoue devant l’infinitude de la peinture qui induit une mémoire émergente.



Thierry Texedre/IA, le 23 janvier 2026.









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